Les aventures de Pinocchio
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Thanh Vân 12.04.2008 02:27:09 (permalink)
Chapitre 15

Les bandits continuent de poursuivre Pinocchio. Après l’avoir rattrapé, ils le pendent à une branche du Grand Chêne.

Découragée, la marionnette était sur le point de se coucher par terre en se déclarant vaincue quand elle aper­çut dans le lointain, contrastant avec le vert sombre de la frondaison des arbres, une maisonnette blanche comme la neige.  
-         Si j’ai encore assez de souffle pour arriver jusqu’à cette maison, peut-être serai-je sauvé – pensa Pinocchio.
Sans hésiter un seul instant, il reprit donc sa course folle à travers bois, les bandits toujours à ses trousses.
Deux heures plus tard, il arrivait tout essoufflé à la porte de la maisonnette et frappait à la porte.
Pas de réponse.
Entendant croître le bruit des pas et de la respiration haletante de ses persécuteurs, il frappa plus fort
La maison resta silencieuse.
Puisque frapper ne servait à rien, il s’en prit frénétiquement à la porte en lui donnant des coups de pieds et en la martelant avec sa tête. Finalement, apparut à la fenêtre une jolie fillette aux cheveux bleu-nuit et au visage pâle comme une statue de cire. Son regard était éteint et elle tenait ses bras croisés sur sa poitrine. Elle mur­mura d’une voix faible qui paraissait venir de l’au-delà :
-         Il n’y a personne dans cette maison. Ils sont tous morts.
-         Mais toi, tu peux m’ouvrir ! – cria Pinocchio, pleurant et suppliant.
-         Moi aussi, je suis morte.
-         Morte ? Mais alors, qu’est-ce que tu fais là, à la fenêtre ?
-         J’attends le cercueil qui m’emportera.
Sur ces dernières paroles, la fillette disparut et la fenêtre se referma sans bruit.
-         O jolie fillette aux cheveux bleu-nuit, ouvre-moi, par pitié ! Aide un pauvre garçon poursuivi par des ban...
Pinocchio ne put finir sa phrase. On l’avait saisi par le cou et deux sinistres voix - toujours les mêmes - grondè­rent, menaçantes:
-         A présent, tu ne nous échapperas plus !
Voyant se profiler le spectre de la mort, la marionnette fut prise d’un tremblement si intense que l’on pouvait entendre craquer les jointures de ses jambes et tinter les quatre pièces d’or cachées sous sa langue.
-         Et maintenant ? -  fulminèrent les brigands – Cette bouche, tu vas l’ouvrir, oui ou non ? Tu ne réponds tou­jours pas ? Aucune importance : nous, on va bien t’obliger à l’ouvrir !
Alors, sortant deux longs couteaux tranchants comme des rasoirs, chlak... ils lui portèrent deux coups dans les reins.
Par chance, le bois dont était fait la marionnette était si dur que les lames des couteaux se brisèrent en mille morceaux. Il n’en restait plus que les manches. Les deux bandits se regardèrent :
-         J’ai compris – dit l’un. – Il faut le pendre. Pendons-le !
-         Pendons-le ! – répéta l’autre.
Sans attendre, ils lui lièrent les mains dans le dos et, lui ayant passé un nœud coulant autour du cou, l’accrochèrent à une branche d’un gros arbre appelé le Grand Chêne.   
Puis, assis dans l’herbe, ils attendirent que la marionnette eut une dernière convulsion. Mais celle-ci, trois heu­res après, avait toujours les yeux ouverts et  gigotait comme jamais.
Finalement, fatigués d’attendre, ils s’adressèrent à Pinocchio en ricanant :
-         On te laisse ! Mais reviendrons demain. D’ici là, espérons que tu auras la courtoisie de mourir tout à fait et d’ouvrir ta bouche toute grande.
Puis ils partirent.
Au même moment se leva la Tramontane, un vent violent mugissant rageusement qui s’abattit sur le pauvre pendu et le ballotta comme le battant d’une cloche sonnant à toutes volées. Ce terrible balancement lui causait d’horribles douleurs et le nœud coulant, enserrant de plus en plus sa gorge, l’empêchait de respirer.   
Peu à peu, sa vue se brouilla. Tout en sentant la mort arriver, il imaginait encore qu’une âme compatissante viendrait le sauver. Et quand, après avoir longuement attendu et espéré, il comprit que personne, vraiment per­sonne ne lui porterait secours, sa pensée se tourna alors vers son pauvre papa et il balbutia tout en agonisant : 
-         Oh, mon papa à moi ! Si tu pouvais être là ! ...
Il n’eut pas la force d’en dire plus. Il ferma les yeux, ouvrit la bouche, laissa pendre ses jambes puis, après un dernier spasme, se figea au bout de sa corde.
#16
    Thanh Vân 22.05.2008 23:18:47 (permalink)
    Chapitre 16

    La jolie fillette aux cheveux bleu-nuit envoie chercher la marionnette, la met au lit et appelle trois médecins pour savoir si elle morte ou vivante.

    Alors que le pauvre Pinocchio, pendu à une branche du Grand Chêne par les brigands, semblait plus mort que vif, la jolie fillette aux cheveux bleu-nuit se mit de nouveau à sa fenêtre. En voyant ce malheureux suspendu par le cou que le vent du nord faisait danser au bout de sa corde, elle fut prise de pitié et frappa dans ses mains trois fois. 
    On entendit alors un grand bruissement d’ailes battant l’air avec fougue et un Faucon de belle taille vint se poser sur le rebord de la fenêtre.
    -         Quels sont les ordres de ma gracieuse Fée ? – demanda le Faucon en inclinant respectueusement son bec.
    Il faut savoir que la fillette aux cheveux bleus était, en fait, une bonne Fée vivant dans ce bois depuis plus de mille ans. 
    -         Tu vois cette marionnette pendue à une branche du Grand Chêne ? – dit la Fée.
    -         Je la vois.
    -         Alors, vole immédiatement jusqu’à elle, sers-toi de ton solide bec pour défaire le nœud qui la retient en l’air et couche-la délicatement sur l’herbe, au pied du chêne. 
    Le Faucon s’envola. Deux minutes plus tard, il était de retour :
    -         Vos ordres ont été exécutés.
    -         Et comment l’as-tu trouvée ? Est-elle morte ou vivante ?
    -         A première vue, la marionnette paraissait sans vie, mais elle ne devait pas être tout à fait morte car, alors que je brisais le nœud coulant lui enserrant le cou, je l’ai entendue pousser un soupir et murmurer : « Maintenant, je me sens mieux ».
    La Fée frappa dans ses mains deux fois et, cette fois, apparut un magnifique Caniche qui marchait droit sur ses deux pattes de derrière, comme s’il était un humain.
    Le Caniche était habillé comme un cocher ayant revêtu sa livrée de gala. Il portait une coiffe à trois pointes bordée d’or, une perruque blanche dont les boucles lui tombaient sur les épaules, une veste couleur chocolat avec des boutons qui brillaient et deux grandes poches pour y mettre les os que lui donnait sa patronne, un pantalon court en velours rouge vif, des bas de soie, des souliers découpés et, dans le dos, une sorte de fourreau en satin bleu pour y abriter sa queue quand le temps tournait à la pluie.   
    -         Allez, Médor, du courage ! – lui dit la Fée. Fais atteler tout de suite le plus beau carrosse de mon écurie et dirige-toi vers le bois. Arrivé sous le Grand Chêne, tu trouveras une marionnette à moitié morte étendue sur l’herbe. Prends-la délicatement, pose-la en faisant très attention sur les coussins du carrosse et amène-la-moi. Tu as compris ?
    Le Caniche, pour montrer qu’il avait bien compris, remua le fourreau de satin bleu qu’il avait dans le dos et détala comme un cheval barbe.
    Peu de temps après, on vit sortir de l’écurie un joli petit carrosse bleu-ciel, entièrement capitonné de plumes de canaris et, à l’intérieur, matelassé avec de la crème fouettée et des biscuits à la cuiller. Le carrosse était tiré par un attelage de deux cents petites souris blanches. Assis sur le siège du cocher, le Caniche faisait claquer son fouet, tel un postillon ayant peur d’être en retard.
    Il ne s’était pas écoulé un quart d’heure que le carrosse revenait. La Fée, qui attendait à la porte de la maison, prit par le cou la pauvre marionnette, la porta jusque dans une petite chambre aux murs de nacre puis fit appeler les plus fameux médecins du voisinage.
    Les médecins arrivèrent l’un après l’autre. Il y avait un Corbeau, une Chouette et un Grillon-qui-parle. Les ayant réunis autour du lit où gisait Pinocchio, la Fée leur demanda :
    -         Je souhaiterais que vous me disiez, messieurs, si cette malheureuse marionnette est morte ou vivante.
    Le Corbeau fut le premier à s’avancer. Il prit le pouls de Pinocchio, lui tâta le nez, le petit orteil et, après avoir soigneusement accompli son examen, déclara solennellement :   
    -         A mon avis, cette marionnette est bel et bien morte. Pourtant, si par hasard elle n’était pas morte, alors on pourrait dire sans hésitation possible qu’elle est toujours vivante !
    -         Je regrette – répliqua la Chouette – de devoir contredire mon illustre ami et collègue le Corbeau mais, selon moi, bien au contraire, la marionnette est vivante. Evidemment, si par mésaventure elle n’était pas vivante, ce serait alors le signe indiscutable qu’elle est morte !
    -         Et vous ? Vous ne dites rien ? – demanda la Fée au Grillon-qui-parle.
    -         Moi je dis que la meilleure chose que puisse faire un médecin qui ne sait pas de quoi il parle serait qu’il se taise. Du reste, cette marionnette ne m’est pas inconnue. Je la connais même depuis longtemps !...
    Pinocchio qui, jusque là, était resté aussi inerte qu’un bout de bois, eut une sorte de frémissement convulsif qui ébranla le lit.
    -         Cette marionnette – continua le Grillon-qui-parle – est un fieffé coquin.
    Pinocchio ouvrit les yeux mais les referma aussitôt.
    -         C’est un polisson, un paresseux et un vagabond.
    Pinocchio enfouit sa tête sous les draps.
    -         De plus, c’est un enfant désobéissant qui fera mourir de chagrin son pauvre père.
    On entendit alors quelqu’un sangloter. Imaginez la surprise de l’assistance quand, soulevant les draps, on comprit que c’était Pinocchio qui pleurait.  
    -         Quand un mort pleure, cela signifie qu’il va guérir – déclara alors le Corbeau avec solennité.  
    -         Je déplore de devoir contredire encore mon illustre ami et collègue – intervint la Chouette – mais, pour moi, quand un mort pleure, cela veut dire qu’il lui déplait d’être mort.
    <bài viết được chỉnh sửa lúc 22.05.2008 23:24:40 bởi Thanh Vân >
    #17
      Thanh Vân 22.05.2008 23:21:39 (permalink)
      Chapitre 17

      Pinocchio accepte le sucre mais refuse le purgatif.
       Mais quand les croque-morts viennent le chercher, il prend le médicament. Puis il ment et son nez s’allonge.


       Les médecins partis, la Fée se pencha sur Pinocchio. Lui touchant le front, elle se rendit compte qu’il avait une énorme fièvre.
      Elle fit alors dissoudre une poudre blanche dans la moitié d’un verre d’eau et le tendit à la marionnette en lui disant avec tendresse :
      -         Bois cela et tu seras guéri en peu de temps.
      Pinocchio regarda le verre, fit la moue et demanda d’une voix pleurnicharde : 
      -         C’est sucré ou amer ?
      -         Amer, mais cela te fera du bien.
      -         Si c’est amer, je n’en veux pas.
      -         Fais-moi confiance et bois !
      -         Je n’aime pas ce qui est amer.
      -         Bois, et quand tu auras bu, je te donnerai un morceau de sucre pour te refaire la bouche.
      -         Et où est-il ce morceau de sucre ?
      -         Le voici – lui répondit la Fée en plongeant sa main dans un sucrier en or. 
      -         Je veux d’abord le sucre, après je boirai cette chose amère.
      -         Tu me le promets ?
      -         Oui...
      La Fée lui donna le morceau de sucre. Pinocchio le croqua et l’avala en un clin d’œil puis déclara en se léchant les lèvres :
      -         Ah si le sucre pouvait être un médicament, je me soignerais tous les jours !
      -         Maintenant, tiens ta promesse et bois un peu de cette eau qui va te remettre d’aplomb.
      Pinocchio s’empara du verre à contrecœur, y fourra son nez, l’approcha de sa bouche, le renifla de nouveau et, finalement, annonça :  
      -         C’est trop amer ! Trop amer ! Je ne pourrai pas boire ça.
      -         Comment peux-tu le savoir puisque tu n’y a même pas goûté ?
      -         Je l’imagine ! Je l’ai senti à l’odeur. Je veux encore du sucre. Après, je boirai !
      Avec la patience infinie d’une vraie maman, la Fée lui mit dans la bouche un autre morceau de sucre puis lui présenta une nouvelle fois le verre.
      -         Je ne peux pas boire dans ces conditions ! – fit la marionnette en grimaçant de plus belle. 
      -         Et pourquoi ?
      -         Parce que cet oreiller, là, sur mes pieds, me gène.
      La Fée ôta l’oreiller.
      -         C’était pas la peine ! Même comme cela, je ne peux pas boire.
      -         Il y autre chose qui te gène ?
      -         Oui, la porte qui est entr’ouverte.
      La Fée alla fermer la porte.
      -         Finalement – cria Pinocchio qui éclata en sanglots – ce truc amer, je n’en veux pas, non, non et non !
      -         Tu le regretteras mon garçon.
      -         Ca m’est égal.
      -         C’est que tu es sérieusement malade.
      -         Ca m’est égal.
      -         En peu de temps, la fièvre peut te faire passer de vie à trépas.
      -         Ca m’est égal.
      -         Tu n’as pas peur de la mort ?
      -         Pas du tout ! Et puis, plutôt mourir que boire cette sale mixture.
      A ce moment-là, la porte de la chambre s’ouvrit toute grande. Quatre lapins  entrèrent. Ils étaient noirs comme de l’encre et portaient sur leurs épaules un petit cercueil.
      -         Qu’est-ce que vous me voulez ? – hurla Pinocchio, effrayé, en se redressant sur son lit.
      -         On est venu te chercher – répondit le plus grand des lapins.
      -         Me chercher ? Mais je ne suis pas encore mort !
      -         Pas encore, mais il ne te reste plus que quelques minutes à vivre puisque tu refuses de prendre le médi­cament pour combattre la fièvre !
      -         O Fée, ma bonne Fée – supplia alors la marionnette – apportez-moi tout de suite ce verre ! Dépêchez-vous, par pitié, je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir...
      Pinocchio prit le verre à deux mains et le vida d’un trait.
      -         Dommage ! – dirent les lapins – On a fait le voyage pour rien.
      Remettant le cercueil sur leurs épaules, ils sortirent en grommelant
      De fait, quelques minutes plus tard, Pinocchio sautait de son lit, bel et bien guéri. Il faut savoir que les marion­nettes en bois ont la chance de tomber rarement malade et qu’elles se rétablissent très vite.    
      Le voyant courir et s’ébattre à travers la pièce, vif et joyeux comme un jeune chiot, la Fée lui fit remarquer:
      -         Donc le médicament t’a vraiment fait du bien. 
      -         Plus que du bien ! Il m’a fait revivre !
      -         Alors pourquoi t’es-tu fait tant prier pour le boire ?
      -         Nous, les enfants, sommes tous pareils ! On craint plus les médicaments que la maladie.
      -         Mais c’est très mal ! Les enfants devraient savoir qu’un bon médicament pris à temps peut les guérir, peut-être même les empêcher de mourir.
      -         Oh ! Une autre fois, je ne me ferai pas prier ! Je me souviendrai de ces lapins noirs portant un cercueil sur leurs épaules. J’attraperai tout de suite le verre, et hop !
      -         Bon, maintenant viens près de moi et raconte-moi comment tu t’es retrouvé entre les mains des bri­gands.
      -         Voilà : le montreur de marionnettes Mangiafoco m’avait donné quelques pièces d’or en me disant : « Tiens, porte-les à ton papa ! ». Mais moi,  j’ai rencontré en chemin deux personnes très bien, un Renard et un Chat, qui m’ont proposé de transformer ces pièces en mille, même deux mille autres. Ils m’ont dit : « Viens avec nous, on t’emmènera au Champ des Miracles » et j’ai répondu « D’accord ». Après, ils ont dit : « Arrêtons-nous à l’auberge de l’Ecrevisse Rouge, nous en repartirons après minuit ». Mais quand je me suis réveillé, ils étaient déjà partis. Alors, je me mis à marcher dans la nuit, une nuit complètement noire, et là je suis tombé sur deux bandits cachés dans des sacs à charbon. « Montre ton argent ! » qu’ils m’ont dit. Moi, j’ai répondu : « Je n’en ai pas ». J’avais caché mes pièces d’or dans ma bouche. L’un des brigands a voulu les prendre. Je l’ai mordu très fort et lui ai coupé la main mais, quand je l’ai recrachée, je me suis aperçu que c’était la patte d’un chat. Puis les bandits se sont mis à me cou­rir après, et plus je courais, plus ils couraient. Ils ont fini par me rattraper et ils m’ont pendu par le cou à un arbre de ce bois en disant : « Nous reviendrons demain quand tu seras mort. Tu auras la bouche ou­verte et nous n’aurons plus qu’à prendre les pièces que tu caches sous ta langue ».
      -         Ces pièces – questionna la Fée – où sont-elles maintenant ?
      -         Je les ai perdues !
      C’était un mensonge. Les pièces, Pinocchio les avaient dans sa poche. Et il n’eut pas plus tôt menti que son nez, déjà conséquent, s’allongea immédiatement.
      -         Et où les as-tu perdues ?
      -         Dans le bois.
      C’était un deuxième mensonge. Le nez de Pinocchio s’allongea encore plus.
      -         Si tu les as perdues dans le bois, on va les chercher et on les retrouvera. Tout ce qui se perd dans ce bois se retrouve toujours.
      -         Ah oui ! Maintenant, je me rappelle. – répliqua la marionnette qui s’embrouillait – Les quatre pièces d’or, je ne les ai pas perdues. Je n’ai pas fait attention et je les ai avalées avec votre médicament. 
      A ce troisième mensonge, son nez grandit tellement que Pinocchio ne pouvait plus tourner la tête. S’il la tour­nait d’un côté, le nez rencontrait le lit ou les vitres de la fenêtre. S’il la tournait de l’autre, il se heurtait aux murs ou à la porte de la chambre. Et s’il relevait tant soit peu la tête, il risquait de crever un oeil à la Fée.
      Celle-ci le regardait en riant.
      -         Pourquoi riez-vous – s’enquit la marionnette, soucieuse et confuse à cause de ce nez qui n’arrêtait pas de croître.
      -         Je ris de tes mensonges. 
      -         Et comment savez-vous que j’ai menti ?
      -         Mon garçon, les mensonges se repèrent tout de suite. Il y a ceux qui ont les jambes courtes et ceux qui ont le nez long. A l’évidence, tes mensonges à toi font partie de la deuxième catégorie.  
      Honteux, ne sachant plus où se cacher, Pinocchio essaya de s’enfuir de la pièce mais il n’y parvint pas. Son nez était désormais si grand qu’il ne pouvait plus passer par la porte.
      <bài viết được chỉnh sửa lúc 22.05.2008 23:24:07 bởi Thanh Vân >
      #18
        Thanh Vân 22.05.2008 23:25:45 (permalink)
        Chapitre 18

        Pinocchio retrouve le Renard et le Chat. Il part avec eux semer ses quatre piè­ces d’or dans le Champ des Miracles.

        Comme on peut le deviner, la Fée laissa pleurer et hurler Pinocchio, furieux de ne pas pouvoir sortir à cause de son nez. Elle voulait lui donner une leçon afin qu’il perde l’habitude de dire des mensonges, le plus gros défaut qu’un enfant puisse avoir. Mais quand elle le vit transfiguré par le désespoir, les yeux lui sortant de la tête, elle eut pitié de lui et frappa dans ses mains. Tout un essaim d’oiseaux appelés piverts entra par la fenê­tre. Se posant sur le nez disproportionné de la marionnette, ils entreprirent de le becqueter tant et si bien qu’en quelques minutes le nez retrouva sa taille normale.
        -         Vous êtes ma bonne Fée et je vous aime beaucoup ! – s’exclama Pinocchio en séchant ses larmes.
        -         Moi aussi, je t’aime – répondit la Fée – et si tu souhaites rester ici avec moi, tu seras mon petit frère et moi je serai ta gentille petite sœur.
        -         Je resterais bien volontiers mais... mon pauvre papa ? 
        -         J’ai pensé à tout. Ton papa a été averti. Il sera là avant la nuit.
        -         Vraiment ? – hurla Pinocchio en sautant de joie – Alors, si vous le permettez, ma bonne Fée, je voudrais aller à sa rencontre. Il me tarde de pouvoir l’embrasser, lui qui a tant souffert à cause de moi !
        -         Va donc, mais fais attention de ne pas te perdre. Prends la route qui traverse le bois. En passant par-là, je suis sûre que tu le trouveras.
        Pinocchio partit et, dés qu’il fut dans la forêt, il se mit à courir comme un chevreuil. Pourtant, arrivé près du Grand Chêne, il s’arrêta : il lui avait semblé entendre marcher dans le sous-bois. Il ne s’était pas trompé. Or savez-vous qui apparut sur le chemin ? Le Renard et le Chat, ses deux compagnons de voyage avec lesquels il avait dîné à l’auberge de l’Ecrevisse Rouge ! 
        -         Mais c’est notre cher Pinocchio ! – s’exclama le Renard en le prenant dans ses bras et en l’embrassant. Que fais-tu donc ici ?
        -         Que fais-tu donc ici ? – répéta le Chat.
        -         C’est une longue histoire – leur répondit la marionnette – que je vous raconterai quand j’aurai le temps. Sachez pourtant que l’autre nuit, quand vous m’avez laissé tout seul à l’auberge, je suis tombé sur des brigands.
        -         Des brigands ? Pauvre ami ! Et que voulaient-ils, ces brigands ?
        -         Me voler mes pièces d’or.
        -         Les infâmes ! - glapit le Renard.
        -         Les infâmes ! – répéta le Chat.
        -         Je me suis sauvé mais ils m’ont suivi et, après m’avoir rattrapé, ils m’ont pendu à une branche de ce chêne.
        Pinocchio montra le Grand Chêne.
        -         C’est vraiment terrible ! – gémit le Renard. Dans quel monde sommes-nous donc condamnés à vivre ! Et quel refuge pouvons-nous trouver, nous, les honnêtes gens ? 
        Alors qu’ils devisaient ainsi, Pinocchio remarqua que le Chat boitait de sa jambe antérieure droite, car il n’avait plus ni ongles ni coussinets. Il lui demanda :
        -         Qu’est-il arrivé à ta patte ?
        Le Chat voulut répondre mais il ne savait que dire. Alors, le Renard intervint :
        -         Mon ami est trop modeste, c’est pourquoi il ne répond pas. Je parlerai pour lui. Apprends donc que nous avons croisé sur le chemin, il y a une heure, un vieux loup à demi-mort de faim qui nous demanda l’aumône. Comme nous n’avions même pas une arête de poisson à lui donner, qu’a fait notre ami qui a vraiment un cœur d’or ? Il s’est sectionné une patte de devant et l’a jetée à cette pauvre bête afin qu’elle cesse de jeûner.
        Le Renard essuya une larme.   
        Pinocchio, troublé lui aussi, s’approcha du Chat et lui dit à l’oreille :
        -         Si tous les chats étaient comme toi, les souris auraient de la chance !
        -         Et à présent, qu’est-ce qui t’amène par ici ? – questionna le Renard.
        -         J’attends mon papa qui doit arriver d’un moment à l’autre.
        -         Et tes sequins ?
        -         Je les ai toujours. Ils sont dans ma poche, sauf un qui m’a servi à payer l’aubergiste. 
        -         Quand on pense qu’au lieu de quatre pièces, tu pourrais en avoir mille ou même deux mille dés de­main ! Pourquoi ne suis-tu pas mon conseil ? Pourquoi ne vas-tu pas les semer dans le Champ des Miracles ?
        -         Aujourd’hui, c’est impossible. J’irai un autre jour.
        -         Un autre jour ? Ce sera trop tard.
        -         Pourquoi ?
        -         Parce que le champ a été acheté par un grand seigneur et que, à partir de demain, il sera interdit à tout le monde d’y semer de l’argent.
        -         On est loin du Champ des Miracles ? – s’enquit alors Pinocchio.
        -         A peine deux kilomètres. Veux-tu venir avec nous ? Tu y seras dans une demi-heure. En arrivant, tu sè­mes tes quatre pièces et, en quelques minutes, tu en récolteras deux mille. Tu seras de retour ce soir même les poches pleines. Alors, tu viens ?
        Pinocchio hésitait parce qu’il pensait à la bonne Fée, à Geppetto et aux mises en garde du grillon-qui-parle. Mais il fit ce que font tous les enfants qui n’ont pas un brin de jugeote, c’est à dire qu’il finit par dire au Renard et au chat, avec un petit hochement de tête : 
        -         D’accord, je viens avec vous.
        Et ils partirent tous les trois.
        Après une bonne demi-journée de marche, ils arrivèrent dans une ville appelée « Attrapenigauds ». En entrant dans la ville, Pinocchio découvrit que les rues étaient pleines de chiens pelés que la faim faisait bailler, de moutons tondus qui tremblaient de froid, de coqs sans crêtes qui faisaient l’aumône d’un grain de maïs, de grands papillons cloués au sol parce qu’ils avaient vendu leurs belles ailes colorées, de paons sans queue n’osant plus se montrer, des faisans trottinant comme des petits vieux, pleurant leurs habits d’or et d’argent perdus pour toujours.
        Parfois un magnifique carrosse transportant un Renard, une pie voleuse ou un gros oiseau de proie passait au milieu de cette foule de mendiants et de pauvres.    
        -         Et le Champ des Miracles, où est-il donc ? – questionna Pinocchio.
        -         C’est tout près d’ici.
        Ils traversèrent la ville, franchirent les remparts puis ils s’arrêtèrent dans un champ qui se trouvait à l’écart et ressemblait à n’importe quel autre champ.
        -         Nous voici arrivés – dit le Renard à la marionnette - Penche-toi et, avec les mains, creuse un petit trou dans lequel tu mettras tes pièces d’or.
        Pinocchio obéit. Il fit le trou, y déposa les quatre sequins qui lui restaient et les recouvrit avec un peu de terre.
        -         Maintenant – continua le Renard – va à l’étang qui est près d’ici, remplis un seau d’eau et arrose l‘endroit où tu as semé.
        Pinocchio se rendit à l’étang. Comme il n’avait pas de seau, il enleva une de ses chaussures qu’il remplit d’eau et en arrosa la terre. Puis il demanda :
        -         Il y a autre chose à faire ?
        -         Rien d’autre – assura le Renard - On peut partir. Mais toi, en revenant dans une vingtaine de minutes, tu trouveras un jeune arbre qui aura déjà poussé et dont les branches seront chargées de pièces d’or.
        La pauvre marionnette, folle de joie, remercia mille fois le Renard et le Chat et promit de leur faire un superbe cadeau.   
        -         Ah non ! Pas de cadeau ! – répliquèrent les deux malandrins - De t’avoir enseigné la manière de t’enrichir sans te fatiguer nous suffit. Nous sommes heureux comme des rois.  
        Ils saluèrent Pinocchio, lui souhaitèrent une bonne récolte et s’en allèrent de leur côté. 
        #19
          Thanh Vân 22.05.2008 23:29:16 (permalink)
          Chapitre 19

          Non seulement Pinocchio se fait voler ses pièces d’or mais il écope en plus de quatre mois de prison.
           

          La marionnette, revenue en ville, compta les minutes une à une. Quand il lui parut que c’était l’heure, il reprit sans tarder le chemin du Champ des Miracles.  
          Il pressait le pas et son cœur battait à tout rompre. On aurait dit une grosse horloge de salon faisant tac-tac, tac-tac, tac-tac... Tout en marchant, il pensait : 
          -         Si, sur l’arbre, au lieu de mille pièces, j’en trouvais deux mille ? Ou même cinq mille ? Et si j’en trouvais cent mille ? Quel grand monsieur je deviendrais ! Je pourrais avoir un grand palais, plein de petits che­vaux de bois avec leurs écuries pour m’amuser, une cave remplie de liqueurs, un magasin entier de fruits confits, de tartes, de brioches, de gâteaux aux amandes et de cornets à la crème.
          Il rêva ainsi jusqu’au moment où le champ fut en vue. Là, il s’arrêta et regarda. Peut-être pouvait-il déjà aperce­voir son arbre chargé de pièces d’or ? Mais il ne vit rien. Il s’approcha d’une centaine de pas : toujours rien ! Entrant dans le Champ des Miracles, il se dirigea vers le trou où il avait enterré ses sequins. Rien ! Il n’y avait rien ! Pensif, il sortit une main de sa poche et se gratta longuement la tête, oublieux des bonnes manières. 
          C’est alors qu’un grand rire se fit entendre. Levant la tête, il vit un perroquet qui se lissait les quelques plumes qui lui restaient.
          -         Pourquoi ris-tu ? – lui demanda Pinocchio sans plus de cérémonie.
          -         Je ris parce que, en me lissant les plumes, je me suis fait des chatouilles sous les ailes.
          Pinocchio en resta là. Il se dirigea vers l’étang, remplit d’eau l’une de ses chaussures et revint arroser l’endroit où il avait semé ses pièces d’or.
          Mais un autre rire, encore plus impertinent que le premier, résonna dans l’espace silencieux du champ isolé.
          -         Bon, on peut savoir exactement ce qui te fait rire, perroquet mal éduqué? – questionna la marionnette qui commençait à s’énerver.
          -         Je ris de tous ces nigauds prêts à faire n’importe quelle bêtise et qui se font avoir par plus malins qu’eux.
          -         De qui tu parles ? De moi ?
          -         Mais oui, je parle de toi, mon pauvre Pinocchio, qui est assez simplet pour croire que l’on sème et que l’on récolte l’argent dans les champs, comme on fait pousser des haricots ou des citrouilles. Moi aussi, il m’est arrivé d’y croire et, aujourd’hui, crois-moi, je le regrette. Aujourd’hui – mais c’est un peu tard – je sais que pour amasser honnêtement un peu d’argent, il faut d’abord savoir le gagner, soit en travaillant de ses mains, soit en faisant fonctionner son cerveau. 
          -         Je ne te comprends pas – répliqua la marionnette qui commençait cependant à avoir peur.
          -         Attends ! Je vais être plus clair – renchérit le perroquet - Sache donc que, pendant que tu étais en ville, le renard et le chat sont revenus, qu’ils ont déterré tes pièces d’or et qu’ils se sont sauvés avec, filant comme le vent. Celui qui réussira à les retrouver sera un champion !
          Muet, ne voulant pas croire ce que lui disait le perroquet, Pinocchio s’acharna à creuser avec ses ongles là où il venait d’arroser la terre. Il creusa, creusa, creusa tellement qu’il réussit à faire un trou si profond qu’on aurait pu y faire entrer une meule de paille. Mais de pièces, point. Elles n’y étaient plus.
          Désespéré, il courut jusqu’à la ville et fila tout droit au tribunal dénoncer au juge les chenapans qui l’avaient volé.
          Le juge était un gorille, un vieux singe que son grand âge rendait respectable, de même que sa barbe blanche et, plus particulièrement encore, des lunettes en or, sans verres, qu’il était obligé de porter à cause d’une ma­ladie des yeux qui le tourmentait depuis des années.    
          Pinocchio lui raconta par le menu l’inique entourloupe dont il avait été la victime. Il lui fournit les noms, prénoms et signalements des deux malandrins et conclut en demandant qu’on lui fasse justice.
          Le juge l’écouta avec beaucoup de bienveillance. Il prit beaucoup d’intérêt au récit de la marionnette et même exprima émotion et attendrissement. Puis, quand Pinocchio n’eut plus rien à dire, il allongea le bras et appuya sur le bouton d’une sonnette.
          Immédiatement, deux dogues habillés en gendarmes firent irruption dans la pièce.
          Le juge, montrant Pinocchio aux gendarmes, leur dit :
          -         On a volé quatre pièces d’or à ce pauvre diable : saisissez-le donc et conduisez-le tout de suite en pri­son.
          Cette sentence inattendue pétrifia la marionnette qui voulut protester. Mais les gendarmes, afin d’éviter toute perte de temps inutile, l’empêchèrent de parler et le jetèrent en prison. 
          Il y resta quatre longs mois et il y serait encore s’il ne s’était pas produit un évènement exceptionnel. Le jeune empereur qui régnait sur la ville d’Attrapenigauds ayant, en effet, remporté une grande victoire sur ses enne­mis, ordonna que soient organisées de grandes fêtes populaires avec illuminations, feux d’artifice, courses de chevaux et de vélocipèdes. Et, pour que la joie soit à son comble, il fit ouvrir les portes des prisons et délivrer tous les voyous 
          -         Puisqu’on libère tout le monde, je veux m’en aller moi aussi – dit Pinocchio à son geôlier.
          -         Non, pas vous – répliqua ce dernier - Vous ne faites pas partie de ceux qui bénéficient de cette mesure.
          -         Je vous demande bien pardon – insista Pinocchio - Moi aussi je suis un voyou.
          -         Dans ce cas, pas de problème – admit le geôlier.
          Et, saluant respectueusement Pinocchio en soulevant sa casquette, il ouvrit la porte de la prison et le laissa partir.
          #20
            Thanh Vân 22.05.2008 23:31:21 (permalink)
            Chapitre 20

            A sa sortie de prison, Pinocchio se remet en route pour aller chez la fée. Mais un horrible serpent lui barre le chemin et il tombe dans un piège

             
            La joie de Pinocchio quand il se retrouva libre est indicible. Sans demander son reste, il quitta la ville et reprit la route conduisant chez la fée.
            Le temps étant à la pluie, le chemin était devenu un vrai bourbier dans lequel on s’enfonçait jusqu’à mi-jambe.
            Mais il ne s’en rendait même pas compte.
            Ne pensant qu’au plaisir de revoir son papa et sa petite sœur à la chevelure bleue, il courait comme un lévrier en faisant gicler la boue jusqu’à son bonnet. Tout en courant, il se disait :
            -         Dans quels pétrins je me suis fourré... Mais je ne l’ai pas volé ! Je ne suis qu’un pantin têtu et suscepti­ble qui veut tout faire comme il l’entend, sans suivre les conseils de ceux qui m’aiment et qui ont mille fois plus d’expérience que moi ! Mais, dés à présent, je prends la résolution de changer de vie et de devenir un garçon comme il faut et un enfant obéissant. Maintenant je sais que les enfants désobéis­sants font tout de travers et qu’il leur arrive toujours les pires désagréments. Est-ce qu’il m’aura attendu, mon papa ? Vais-je le retrouver chez la fée ? Il y a si longtemps que je ne l’ai pas vu qu’il me tarde de lui faire mille caresses et de le couvrir de baisers ! Et la fée ? Va-t-elle me pardonner ma mauvaise ac­tion ? Quand je pense qu’elle s’est si bien occupée de moi en me prodiguant ses soins et en me don­nant toute son affection ! Si je suis encore vivant aujourd’hui, c’est bien grâce à elle ! Est-il possible d’être plus ingrat que moi ?  
            A ce point de son monologue intérieur, Pinocchio s’arrêta brusquement, effrayé, et recula de quatre pas.
            Qu’avait-il vu ?
            Il avait vu un grand serpent étendu sur toute la largeur du chemin. Sa peau était verte, ses yeux rouges comme le feu et sa queue, dressée, fumait comme une cheminée.  
            Innommable est la peur qui avait saisi la marionnette. S’enfuyant le plus loin possible, Pinocchio s’assit sur un tas de cailloux en attendant que le serpent veuille bien retourner à ses affaires et libérer le passage.
            Il attendit une heure, deux heures, trois heures... Le serpent était toujours là-bas. Même de loin, on voyait ses yeux de feu et la fumée qui sortait de sa queue.
            Alors, s’armant de courage, il s’approcha et, d’une petite voix, susurra :
            -         Excusez-moi, Monsieur le Serpent, pourriez-vous me faire la grâce de vous pousser un petit peu afin que je puisse passer ?
            Autant parler à un mur : le serpent ne fit pas un mouvement.
            Pinocchio insista :
            -         Il faut que vous sachiez, Monsieur le Serpent, que je rentre retrouver mon papa qui m’attend et que je n’ai pas vu depuis longtemps. Consentez-donc, s’il vous plait, à me laisser poursuivre mon chemin. 
            Il attendit vainement une réponse. Le serpent qui, jusqu’à présent, semblait alerte et plein de vie, ne bougeait plus du tout. Il avait même une raideur toute cadavérique. Ses yeux étaient fermés et sa queue ne fumait plus. 
            -         Serait-il vraiment mort ? se demanda Pinocchio qui battit des mains de contentement.
            Sans tarder, il entreprit de l’enjamber mais il avait à peine levé le pied que le serpent se dressa subitement, comme un ressort qui se détend. Affolé, Pinocchio fit un bond en arrière, trébucha et tomba.  
            En fait, il tomba si mal qu’il se retrouva la tête enfoncée dans la boue et les jambes battant l’air.
            En voyant cette marionnette à l’envers qui gigotait avec une frénésie incroyable, le serpent fut prit d’un fou-rire irrépressible qui finit par lui faire éclater une veine de la poitrine. Cette fois, il mourut vraiment.
            Pinocchio reprit sa course afin d’arriver chez la fée avant la nuit. Mais en cours de route, comme il ne pouvait plus résister aux morsures de la faim, il pénétra dans une vigne avec l’intention de cueillir quelques grappes de raisin muscat. C’était la première fois qu’il faisait une chose pareille!
            Or, il était à peine à pied d’œuvre que, soudain, crac, il sentit que deux lames tranchantes mordaient ses jam­bes. Il en fut tout estourbi. 
            La pauvre marionnette était tombée dans un piège posé là par des paysans désireux d’attraper quelque grosse fouine, fléau de tous les poulaillers du voisinage.
            #21
              Thanh Vân 22.05.2008 23:33:32 (permalink)
              Chapitre 21

              Pinocchio est délivré par un paysan qui l’oblige à faire le chien de garde près d’un poulailler.


              Evidemment, Pinocchio se mit à pleurer et à crier, mais ces pleurs et ces cris étaient inutiles car aucune mai­son n’était en vue et personne ne passait sur la route.
              La nuit tomba.
              Il était au bord de l’évanouissement : à cause de la douleur due au piège qui lui sciait les tibias, mais aussi à cause de la peur de se retrouver ainsi, seul et dans l’obscurité au milieu des champs. C’est alors qu’il vit pas­ser un ver luisant juste au-dessus de sa tête. Il l’interpella : 
              -         O joli ver luisant, aurais-tu la bonté de mettre fin à mon supplice ?
              -         Pauvre enfant ! – répondit le ver luisant qui s’était arrêté et le regardait avec compassion – Comment as-tu fait ton compte pour te retrouver prisonnier de ces lames ? 
              -         Je suis entré dans le champ pour cueillir deux grappes de raisin et...
              -         Ce raisin est à toi ?
              -         Non...
              -         Et alors ? Qui t’a appris à dérober le bien d’autrui ?
              -         J’avais faim
              -         Ce n’est pas une raison suffisante, mon garçon, pour chercher à t’approprier ce qui ne t’appartient pas.
              -         C’est vrai ! C’est vrai ! – reconnut Pinocchio qui pleurait toujours – Je ne recommencerai plus.
              Leur dialogue fut interrompu par un léger bruit de pas qui se rapprochaient.
              C’était le propriétaire du champ. A pas de loup, il venait voir s’il avait pris au piège l’une de ces fouines qui venaient la nuit manger ses poulets.
              Quel ne fut pas son étonnement quand, ayant sorti une lanterne qu’il dissimulait sous son pardessus, il s’aperçut qu’au lieu d’une fouine, il avait pris un jeune garçon. 
              -         Ah, sale petit bandit ! – hurla le paysan en colère – c’est donc toi qui me voles mes poules?
              -         Non, non, ce n’est pas moi ! – cria Pinocchio en sanglotant – Moi, je suis entré dans le champ seule­ment pour prendre un peu de raisin !
              -         Qui vole du raisin peut très bien aussi voler des poulets. Je vais te donner une bonne leçon dont tu te sou­viendras longtemps.
              Ouvrant le piège, il souleva la marionnette par la nuque et la porta à bout de bras jusqu’à sa maison, comme si c’était un agneau de lait.
              Arrivé dans la cour de la maison, le paysan laissa choir Pinocchio sur le sol, l’immobilisa avec son pied et lui dit :
              -         Maintenant il est tard et je vais me coucher. On règlera nos comptes demain. En attendant, comme mon chien est mort aujourd’hui, tu vas prendre sa place. Tu vas faire le chien de garde.
              Puis, sans attendre, il lui passa au cou un épais collier clouté et l’ajusta de manière qu’il ne puisse pas y pas­ser la tête. Une longue chaîne était accrochée au collier et l’autre bout de la chaîne était fixé au mur. 
              -         S’il se met à pleuvoir cette nuit, tu peux aller te coucher dans la niche. Tu y trouveras de la paille qui ser­vait de lit à mon pauvre chien depuis quatre ans. Et si par malheur des voleurs se présentaient, n’oublie pas de dresser tes oreilles et d’aboyer. 
              Ce dernier avis donné, le paysan entra dans la maison et ferma à double tour la porte derrière lui. Le pauvre Pinocchio resta prostré dans la cour, plus mort que vif à cause du froid, de la faim et de la peur. Il passait de temps en temps une main rageuse dans le collier qui lui serrait le cou et se lamentait :
              -         C’est bien fait pour moi ! Vraiment bien fait ! Je me suis conduit comme un paresseux et un vagabond, j’ai suivi les conseils de faux amis, tout cela me plonge une fois encore dans le malheur. Si j’avais été un bon garçon, comme il y en a tant, si j’avais eu le goût d’étudier et de travailler, si j’étais resté avec mon papa à la maison, je ne me retrouverais pas au milieu des champs à faire le chien de garde pour un paysan. Ah, si l’on pouvait recommencer à zéro ! Mais c’est impossible. Il me faut désormais tout endu­rer.
              Ayant déversé tout ce qu’il avait sur le cœur, Pinocchio entra dans la niche et s’endormit.
              #22
                Thanh Vân 22.05.2008 23:35:43 (permalink)
                Chapitre 22


                Pinocchio démasque les voleurs de poules. Pour sa récompense, il recouvre la liberté.


                Il y avait plus de deux heures qu’il dormait à poings fermés dans la niche quand, vers minuit, Pinocchio fut ré­veillé par des murmures et des chuchotis paraissant venir de la cour. Ces voix avaient d’étranges intonations. Il pointa son nez dehors et vit un attroupement de quatre animaux au pelage sombre. On aurait dit des chats. Mais ces chats, en réalité, étaient des fouines, bêtes carnivores particulièrement friandes d’œufs et de jeunes poulets. L’une des fouines, quittant ses compagnes, s’approcha de la niche et dit à mi-voix : 
                -         Bonsoir, Mélampo.
                -         Je ne suis pas Mélampo – répondit la marionnette.
                -         Qui donc es-tu ?
                -         Je m’appelle Pinocchio.
                -         Et que fais-tu là ?
                -         Je fais le chien de garde.
                -         Et Mélampo, où est-il ? Où est le vieux chien qui habitait dans cette niche ?
                -         Il est mort ce matin.
                -         Mort ? Pauvre bête ! Il était si bon ! Mais, à bien te regarder, toi aussi tu me semble être un chien tout à fait aimable.
                -         Navré, mais moi je ne suis pas un chien !
                -         Qu’es-tu alors ?
                -         Une marionnette.
                -         Et tu fais le chien de garde ?
                -         Malheureusement oui. C’est ma punition.
                -         Bon, dans ce cas, je te propose que nous reconduisions les accords que j’avais avec Mélampo. Cela me conviendrait parfaitement.
                -         De quels accords s’agit-il ?
                -         Voilà : nous viendrons une fois par semaine, comme par le passé, visiter le poulailler dont nous prélève­rons huit volailles. Sept seront pour nous et nous te donnerons la huitième. Mais, entendons-nous bien, à condition que tu t’engages à faire semblant de dormir et que ne te vienne pas la fantaisie d’aboyer et de réveiller le fermier.  
                -         C’est ce que faisait Mélampo ? – s’étonna Pinocchio.
                -         Exactement et, avec Mélampo, il n’y a jamais eu le moindre problème. Donc, tu dors tranquillement et tu peux être sûr qu’avant de partir nous te laisserons un beau poulet tout plumé pour ton repas du lende­main. Nous nous comprenons, n’est-ce pas ?
                -         Que trop bien !
                La réponse de Pinocchio était accompagnée d’un hochement de tête un brin menaçant, comme s’il avait voulu dire : « On reparlera de tout cela bientôt ! »
                Les quatre fouines, désormais rassurées, se dirigèrent alors vers le poulailler qui était tout près de la niche du chien et, attaquant la porte à coups de griffes et de dents, se faufilèrent l’une après l’autre à l’intérieur. Mais à peine étaient-elles entrées qu’elles entendirent se refermer violemment la porte.
                C’était Pinocchio qui venait de les enfermer. Et, non content d’avoir repousser la porte du poulailler, il la bloqua avec une grosse pierre.
                Puis il se mit à aboyer, exactement comme l’aurait fait un vrai chien de garde.
                Les aboiements réveillèrent le paysan qui sauta du lit, prit son fusil et se pencha à la fenêtre :
                -         Qu’est-ce qui se passe ? – cria-t-il.
                -         Les voleurs de poules sont là – répondit Pinocchio.
                -         Là ? Où ?
                -         Dans le poulailler.
                -         J’arrive tout de suite.
                Effectivement, le fermier fut dans la cour en un rien de temps. Il entra dans le poulailler, attrapa les fouines qu’il fourra dans un sac et leur dit :
                -         Enfin, je vous ai attrapées ! Je pourrais vous punir moi-même, mais je ne suis pas aussi mauvais. Je me contenterai de vous donner demain à l’aubergiste du village voisin. Après vous avoir dépecer, il vous cuisinera comme du gibier. C’est un honneur que vous ne méritez pas mais les hommes généreux comme moi ne s’arrêtent pas à ce genre de détail. 
                Puis, s’approchant de Pinocchio, le paysan lui prodigua moult signes de tendresse et lui demanda :
                -         Comment as-tu fait pour déjouer les manigances de ces quatre laronnes ? Quand je pense que mon fi­dèle Mélampo, lui, ne s’est jamais aperçu de rien !
                Pinocchio aurait pu alors raconter ce qu’il savait sur le honteux pacte qui liait son chien aux fouines. Il n’en fit rien. Se rappelant que Mélampo était mort, il se dit : «  Pourquoi accuser les morts ? Les morts sont morts et la meilleure chose à faire est de les laisser reposer en paix !
                -         Quand les fouines sont arrivées, tu étais réveillé ou tu dormais ? – lui demanda encore le fermier.
                -         Je dormais mais les fouines m’ont réveillé avec leurs bavardages. L’une d’elles est même venue me dire que si je promettais de ne pas aboyer pour ne pas vous réveiller, j’aurais droit à un beau poulet tout préparé. Vous vous rendez compte ? Avoir le culot de me faire, à moi, une telle proposition ! Je suis une marionnette certes pleine de défauts, mais jamais je n’accepterais d’être la complice de malhonnêtes gens !  
                -         Bravo, mon gars ! – s’exclama le paysan en donnant à Pinocchio une tape amicale sur l’épaule.- De tels sentiments te font honneur. Pour te prouver ma satisfaction, je te rends ta liberté. Tu peux rentrer chez toi.
                Et il lui ôta le collier pour chien.

                [image]http://diendan.vnthuquan.net/upfiles/34101/CD326A9209524019B7E14842E619890F.jpg[/image]
                <bài viết được chỉnh sửa lúc 18.07.2008 05:17:07 bởi Thanh Vân >
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                #23
                  Thanh Vân 22.05.2008 23:39:16 (permalink)
                  Chapitre 23


                  Pinocchio pleure la mort de la jolie fillette aux cheveux bleu-nuit puis il rencontre un pigeon qui l’emmène au bord de la mer.
                  Là, il se jette à l’eau pour sauver son papa Geppetto.


                  Dés qu’il fut débarrassé de l’humiliant et inconfortable collier qui lui serrait le cou, Pinocchio reprit sa course à travers les champs jusqu’à ce qu’il eut rejoint la route qui conduisait chez la Fée.
                  Arrivé sur la route, il se retourna pour regarder la plaine qui s’étendait au-dessous de lui. Il distingua fort bien le bois où il avait eu le malheur de croiser le renard et le chat et même, dominant les autres arbres, la cime du Grand Chêne où il fut pendu. Mais il eut beau scruter le paysage dans tous les sens, il ne parvenait pas à trou­ver la maisonnette de la fillette aux cheveux bleu-nuit. 
                  Il eut alors un horrible pressentiment et fit appel à toutes les forces qui lui restaient pour atteindre en quelques minutes la clairière où aurait dû se trouver la petite maison blanche. Mais il n’y avait plus de maison. Il n’y avait qu’un modeste bloc de marbre sur lequel étaient gravés en caractères d’imprimerie ces tristes mots :

                  CI-GÎT
                   LA FILLETTE AUX CHEVEUX BLEUS
                   MORTE DE CHAGRIN
                   APRES AVOIR ETE ABANDONNEE
                  PAR SON PETIT FRERE PINOCCHIO

                  Ce que ressentit Pinocchio quand il eut déchiffré tant bien que mal cette inscription, je vous laisse l’imaginer. Il se jeta à terre et couvrit de baisers la pierre tombale tout en éclatant en sanglots. Il pleura la nuit entière. Au lever du jour, il pleurait encore. Il pleura tant et tant que ses yeux n’avaient plus de larmes. Alentour, les collines avoisinantes renvoyaient l’écho de ses cris stridents et de ses lamentations déchirantes :
                  -         O ma petite Fée, pourquoi es-tu morte ? Pourquoi toi et pas moi, moi qui suis si méchant alors que toi, tu étais si bonne ? Et mon papa, qu’est-il devenu ? O ma petite Fée, dis-moi où je pourrais le trouver car je veux rester avec lui pour toujours, ne plus jamais le quitter, jamais, jamais ! O petite Fée, dis-moi que ce n’est pas vrai, que tu n’es pas morte ! Si vraiment tu m’aimes, si tu aimes ton petit frère, alors renais, sois vivante, comme avant ! Cela ne te fait rien de me voir abandonné de tous ? Si les bandits revenaient et me pendaient encore à la branche d’un arbre, cette fois je mourrais pour de bon. Que veux-tu que je fasse tout seul dans ce vaste monde ? Maintenant que j’ai perdu mon papa, qui va me donner à manger ? Et la nuit, où pourrai-je dormir ? Qui va me tailler de nouveaux vêtements ? Oh ce serait mieux, cent fois mieux que je meure moi aussi ! Oh oui, je veux mourir ! Hi ! Hi ! Hi !   
                  Au comble du désespoir, il fit le geste de s’arracher les cheveux. Mais ses cheveux étant en bois, il ne pouvait même pas y passer la main.   
                  A ce moment-là passa très haut dans le ciel un gros pigeon qui, s’arrêtant un instant de battre des ailes, lui cria :
                  -         Dis-moi, gamin, qu’est-ce que tu fais couché par terre ?
                  -         Tu ne le vois donc pas ? Je pleure ! – lui répondit Pinocchio en levant la tête et en se frottant les yeux avec la manche de sa veste.
                  -         Dis-moi, – lui demanda encore le Pigeon – tu ne connaîtrais pas, par hasard, parmi tes amis, une marion­nette ayant pour nom Pinocchio ?
                  La marionnette bondit sur ses pieds :
                  -         Pinocchio ? Tu as dit Pinocchio ? Mais Pinocchio, c’est moi !
                  Le Pigeon descendit alors rapidement et vint se poser près lui. Il était plus gros qu’un dindon.
                  -         Ainsi tu connaîtrais Geppetto ? – questionna le Pigeon.
                  -         Si je le connais ? Mais c’est mon papa ! Il t’a parlé de moi ? Tu me conduis vers lui ? Il est toujours vi­vant ? Par pitié, réponds-moi ! Est-ce qu’il est toujours vivant ?
                  -         Il y a trois jours, il était sur une plage, au bord de la mer.
                  -         Qu’est-ce qu’il faisait ?
                  -         Il se fabriquait une chaloupe pour traverser l’océan. Depuis plus de quatre mois, le pauvre homme te cher­che partout. Et comme il n’a pas réussi à te retrouver, il s’est mis dans la tête d’aller voir dans les lointaines contrées du Nouveau Monde.
                  -         Elle est loin cette plage ? – s’enquit Pinocchio d’une voix que l’anxiété rendait haletante.
                  -         Plus de mille kilomètres.
                  -         Mille kilomètres ? O Pigeon, si je pouvais avoir des ailes comme toi !
                  -         Si tu veux, je t’emmène.
                  -         Mais comment ?
                  -         A califourchon sur mon dos. Tu es lourd ?
                  -         Lourd ? Pas du tout ! Je suis aussi léger qu’une feuille.
                  Sans attendre une minute de plus, Pinocchio sauta sur le dos du gros Pigeon, mit une jambe de chaque côté, comme un écuyer, et lança joyeusement : « Galope, galope, petit cheval, car je suis pressé d’arriver !
                  Le Pigeon s’envola. Quelques instants plus tard, il volait tellement haut qu’il touchait presque les nuages. La marionnette eut alors la curiosité de regarder en bas mais elle eut très peur et la tête lui tourna. Par crainte de tomber, elle entoura le plus étroitement possible de ses bras le cou de sa monture à plumes.
                  Ils volèrent ainsi toute la journée. Vers le soir, le Pigeon déclara :  
                  -         J’ai très soif !
                  -         Et moi, très faim – ajouta Pinocchio.
                  -         Arrêtons-nous quelques instants dans ce colombier. Après, on reprendra notre voyage et on arrivera à l’aube sur la plage.
                  Le colombier était désert. Mais ils y trouvèrent une bassine pleine d’eau ainsi qu’un panier rempli de vesces. 
                  Pinocchio, normalement, ne pouvait pas souffrir ces herbes. A l’entendre, elles lui donnaient la nausée et lui retournaient l’estomac. Mais ce jour-là, il s’en empiffra. Quand il eut quasiment tout mangé, il se tourna vers le Pigeon et lui dit : 
                  -         Je n’aurais jamais cru que les vesces fussent si bonnes !
                  -         Mon garçon, lorsque la faim vous tenaille et qu’il n’y a rien d’autre à manger, même les vesces devien­nent une nourriture exquise ! La faim se moque bien des caprices de la gourmandise ! 
                  Leur repas hâtivement consommé, ils repartirent. Au petit matin, ils étaient sur la plage. Le Pigeon déposa Pinocchio, s’envola immédiatement et disparut dans les airs, apparemment peu soucieux de s’entendre re­mercier pour sa bonne action.
                  La plage était recouverte de gens qui criaient et gesticulaient en regardant la mer.
                  -         Qu’est-ce qui se passe ? – demanda Pinocchio à une vieille femme.
                  -         Il se passe qu’un pauvre père à la recherche de son fils s’est embarqué pour tenter de le retrouver de l’autre côté de l’océan. Mais la mer est mauvaise aujourd’hui et sa chaloupe risque de sombrer.
                  -         Où est-elle cette chaloupe ?
                  -         Là-bas, juste au bout de mon doigt – répondit la vieille femme en montrant une petite embarcation qui, vue de la plage, semblait une coque de noix contenant un homme minuscule.  
                  Pinocchio scruta la surface de l’océan et, après avoir regardé très attentivement, hurla :
                  -         C’est mon papa ! C’est mon papa !
                  Ballottée par les ondes en furie, la petite embarcation disparaissait comme avalée par les énormes vagues puis réapparaissait. Pinocchio, debout sur un rocher élevé, n’en finissait pas d’appeler son papa et de lui en­voyer des signaux en agitant les bras, son mouchoir et même son bonnet.
                  Geppetto, pourtant loin de la côte, semblait avoir reconnu son enfant. Lui aussi faisait des signes avec son bé­ret et, par gestes, tentait d’expliquer qu’il aurait bien volontiers fait marche arrière mais que la mer déchaînée l’empêchait de se servir de ses rames et de se rapprocher de la terre.  
                  Soudain, un vague énorme le submergea et la chaloupe disparut.
                  On attendit vainement que l’embarcation refasse surface.
                  -         Pauvre homme ! – dirent les pêcheurs rassemblés sur la plage.
                  Et, marmonnant à voix basse une prière, ils se décidèrent à rentrer chez eux.
                  C’est alors qu’ils entendirent un hurlement désespéré. Se retournant, ils virent un jeune garçon qui, du haut d’un rocher, se jetait dans la mer tout en criant :
                  -         Je vais sauver mon papa !
                  Puisqu’il était en bois, Pinocchio flottait facilement. De plus, il nageait comme un poisson. Longtemps, on put voir une jambe ou un bras de la marionnette apparaître et disparaître dans les flots, de plus en plus loin de la côte. A la fin, on ne vit plus rien du tout.
                  -         Pauvre garçon ! – soupirèrent les pêcheurs.
                  Et ils rentrèrent chez eux en marmonnant une prière.
                  <bài viết được chỉnh sửa lúc 22.05.2008 23:41:17 bởi Thanh Vân >
                  #24
                    Thanh Vân 22.05.2008 23:42:02 (permalink)
                    Chapitre 24


                     Pinocchio arrive dans une île appelée « Ile des Abeilles Industrieuses » et re­trouve la Fée.


                    La marionnette, dans l’espoir d’arriver à temps pour sauver son pauvre père, nagea toute la nuit.
                    Et quelle horrible nuit il passa ! Le tonnerre grondait avec fracas, il tombait des trombes d’eau et même de la grêle, des éclairs éclairaient le ciel comme s’il faisait jour. 
                    Au petit matin, Pinocchio entrevit non loin de lui une longue bande de terre qui émergeait de la mer.
                    Dés lors, il mobilisa toutes ses forces pour arriver jusque là, mais en vain. Il faisait du sur-place, ballotté comme une vulgaire brindille par le flux et le reflux des flots déchaînés. Surgit, heureusement pour lui, une va­gue encore plus impétueuse que les autres qui le catapulta sans ménagement sur le sable du rivage.  
                    Sa chute fut si violente que toutes ses côtes et toutes ses jointures craquèrent. Il se consola immédiatement en remarquant :  
                    -         Ouf ! Cette fois encore, je l’ai échappé belle !
                    Puis, peu à peu, le ciel redevint serein, le soleil brilla de nouveau et la mer retrouva son calme. 
                    Pinocchio enleva alors ses vêtements pour les faire sécher et inspecta l’immense étendue maritime pour tenter d’apercevoir une minuscule embarcation avec un petit homme dedans. Mais il eut beau chercher, il ne voyait rien d’autre que le ciel, l’océan et quelques voiles de bateaux si éloignés qu’ils n’étaient pas plus gros qu’une mouche.  
                    -         Si au moins je savais comment se nomme cette île ! – se disait-il – Si au moins j’étais sûr qu’elle était ha­bitée par des gens civilisés, je veux dire par des gens qui n’ont pas la mauvaise habitude de pendre les enfants aux branches des arbres ! Mais à qui le demander ? A qui, s’il n’y a personne ?  
                    A la pensée de se retrouver complètement seul dans un pays déserté, toute la tristesse du monde lui tomba dessus et il était sur le point de pleurer quand, soudain, il vit passer, à quelques encablures du rivage, un gros poisson qui vaquait tranquillement à ses affaires. Ne connaissant pas son nom, la marionnette s’adressa à lui en ces termes :    
                    -         Eh!, monsieur le poisson, pourrais-je vous dire un mot ?
                    -         Même deux – répondit le poisson qui, en fait, était un Dauphin, un Dauphin très aimable comme on en trouve peu dans n’importe quelle mer du globe.
                    -         Pourriez-vous me dire si, dans cette île, il y a des villages où l’on puisse manger sans prendre le risque d’être mangé ?
                    -         Certainement – répondit le Dauphin – Tu en trouveras même un non loin d’ici.
                    -         Comment on y va ?
                    -         Tu prends ce sentier, là, sur ta gauche, et tu marches tout droit. Tu ne peux pas te tromper.
                    -         Autre chose. Vous qui passez vos jours et vos nuits à sillonner l’océan, n’auriez-vous pas croisé par ha­sard une chaloupe avec mon papa dedans ?
                    -         Qui donc est ton papa ?
                    -         Oh, c’est le meilleur papa du monde comme moi je suis le plus sale gosse qui puisse exister.
                    -         Avec la tempête de cette nuit, la chaloupe a dû sombrer.
                    -         Et mon papa ?
                    -         Ton papa, à cette heure, aura sans doute été avalé par un redoutable requin qui sème terreur et désola­tion dans les eaux de cette île.
                    -         Ce requin, il est vraiment grand ? – s’enquit Pinocchio qui commençait à trembler.
                    -         S’il est grand ? – répliqua le Dauphin – Pour t’en faire une idée, je te dirai qu’il est plus grand qu’un im­meuble de cinq étages et que dans sa gueule pourrait passer un train entier avec sa locomotive.
                    -         Mamma mia ! – geignit la marionnette effrayée.
                    Pinocchio se rhabilla à toute vitesse et remercia le Dauphin :
                          -    Adieu, monsieur le poisson, excusez le dérangement et merci mille fois pour votre courtoisie.
                    Puis, sans attendre, il s’engagea sur le sentier à pas vifs, si vifs qu’il courait presque. Mais à chaque bruit, il se retournait afin de vérifier qu’il n’était pas suivi par le terrible requin grand comme une maison de cinq étages et avec un train entier dans la gueule.
                    Après une demi-heure de marche, il arriva dans un petit village nommé « Le Village des Abeilles Industrieuses ». Les rues étaient sillonnées de gens qui couraient dans tous les sens et qui avaient tous quel­que chose à faire. On avait beau chercher, on ne voyait ni oisif, ni vagabond.
                    -         J’ai compris – conclut immédiatement ce paresseux de Pinocchio – ce pays n’est pas pour moi ! Moi, je ne suis pas né pour travailler !
                    Mais, en même temps, la faim le tourmentait car il n’avait rien mangé depuis vingt-quatre heures, pas même un plat de vesces.
                    Que faire ?
                    Pour cesser de jeûner, il avait le choix entre chercher un peu de travail ou alors mendier quelques sous ou un morceau de pain.  
                    Mendier lui faisait honte car son papa lui avait enseigné que seuls les vieillards et les infirmes avaient le droit de demander l’aumône. Les vrais pauvres méritant assistance et compassion étaient uniquement ceux qui, trop âgés ou malades, ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins en travaillant de leurs propres mains. Tous les autres devaient travailler et s’ils souffraient de la faim parce qu’ils ne faisaient rien, tant pis pour eux.     
                    A ce moment-là passa dans la rue un homme transpirant et haletant qui tirait à grand peine deux charrettes de charbon.
                    Pinocchio, jugeant sa physionomie avenante, l’accosta et lui demanda d’une petite voix tout en baissant les yeux :
                    -         Me feriez-vous la charité d’un petit sou, car je meurs de faim ?
                    -         Ce n’est pas un mais quatre sous que je te donnerai – répondit le charbonnier – si tu m’aides à tirer ces charrettes jusque chez moi.
                    -         Quelle idée ! – répliqua la marionnette offensée – Sachez, pour votre gouverne, que je ne suis pas une bête de somme et que je n’ai jamais été attelé à une charrette !
                    -         Tant mieux pour toi. Dans ce cas, mon garçon, si tu meurs vraiment de faim, mange donc deux belles tran­ches de ton superbe orgueil et prends bien garde de ne pas attraper une indigestion. 
                    Deux minutes plus tard, c’est un maçon qui passait en portant sur l’épaule un sac de chaux.
                    -         Mon bon monsieur, feriez-vous l’aumône d’un sou à un pauvre garçon qui baille tellement il a faim ? – sup­plia Pinocchio.
                    -         Bien volontiers – lui répondit le maçon – Je te donnerai même cinq sous si tu m’aides à porter ce sac.
                    -         Mais la chaux, c’est très lourd – fit remarquer Pinocchio – et je ne veux pas me fatiguer.
                    -         Si tu ne veux pas te fatiguer, mon garçon, alors amuse-toi à bailler et grand bien te fasse.
                    Ainsi passèrent, en moins d’une demi-heure, une vingtaine de personnes à qui la marionnette demanda l’aumône. Toutes lui répondirent :
                    -         Tu n’as pas honte ? Au lieu de traîner dans la rue, cherche plutôt du travail et apprends à gagner ta vie !
                    Finalement apparut une sympathique jeune femme qui portait deux jarres pleines d’eau.  
                    -         Bonne dame, accepteriez-vous que je boive une gorgée d’eau à l’une de vos cruches – quémanda Pinocchio dont la gorge brûlait, asséchée par la soif.
                    -         Bois, mon garçon ! – lui dit la jeune femme en posant son fardeau à terre.
                    Pinocchio but comme une éponge puis murmura, tout en s’essuyant la bouche :
                    -         Maintenant, je n’ai plus soif. Mais comment faire pour ne plus avoir faim ?
                    La gentille dame, entendant ces paroles, s’empressa de dire :
                    -         Si tu m’aides à porter l’une de ces jarres, je te donnerai un beau morceau de pain quand nous serons arri­vés à la maison. 
                    Pinocchio regarda sans répondre la grande cruche.
                    -         Et avec le pain, je te servirai un plat de choux-fleurs à la vinaigrette – ajouta la jeune femme. 
                    Pinocchio jeta un autre coup d’œil sur la cruche mais sans se décider.
                    -         Et après le chou-fleur, tu auras droit à une dragée fourrée au rossolis.
                    La perspective d’une telle friandise eut raison de la résistance de la marionnette qui, s’armant de courage, se décida :
                    -         D’accord ! Je porterai l’un de ces cruches jusque chez vous.
                    Elle était fort lourde et Pinocchio n’eut pas la force de la porter à bout de bras. Il se résigna à la poser sur sa tête.
                    Une fois arrivés, la gentille jeune femme fit asseoir Pinocchio à une petite table qui était déjà mise et disposa devant lui le pain, le chou-fleur et la dragée au rossolis.
                    Pinocchio ne mangea pas : il dévora. Son estomac était aussi vide qu’un quartier déserté par ses habitants depuis des lustres.
                    Les morsures de la faim se calmant, il releva alors la tête pour remercier sa bienfaitrice mais il l’avait à peine dévisagée qu’il poussa un long « Oooh ! » de stupéfaction et en resta médusé, les yeux écarquillés, la four­chette en l’air et la bouche pleine de choux-fleurs. 
                    -         Qu’est-ce qui me vaut tant d’étonnement ? – interrogea la jeune femme en riant.
                    -         Vous êtes... – balbutia Pinocchio – Vous êtes... Mais vous êtes... Comme vous lui ressemblez... Je me rappelle bien... Oui, oui : les mêmes yeux, les mêmes cheveux, oui, oui, des cheveux bleu-nuit comme les siens ! O ma chère petite Fée ! Ma Fée à moi ! Dites-moi que c’est vous, que c’est vraiment vous ! Ne me faites plus pleurer ! Si vous saviez comme j’ai pleuré ! J’ai tant pleuré !...
                    En disant cela et tout en pleurant à chaudes larmes, Pinocchio se jeta à terre et enserra de ses bras les ge­noux de la mystérieuse jeune femme.
                    #25
                      Thanh Vân 18.07.2008 05:01:29 (permalink)
                      Chapitre 25

                      Lassé d’être une marionnette et voulant devenir un bon garçon, Pinocchio pro­met à la Fée de s’améliorer et d’étudier.

                       Au début, la gentille jeune femme avait bien commencé par prétendre qu’elle n’était pas la petite Fée aux che­veux bleu-nuit mais, se sachant découverte et ne voulant pas rendre cette comédie interminable, elle finit par l’admettre :
                      -         Sacrée marionnette ! Et comment as-tu fait pour me reconnaître ?
                      -         Tout simplement parce que je vous aime énormément.
                      -         Tu te rends compte ? Tu m’as quittée alors que je n’étais encore qu’une fillette et maintenant je suis une femme qui pourrait être ta mère.
                      -         Cela me plait bien. Car, au lieu de « petite sœur », je vous appellerai « maman ». Il y a si longtemps que je meurs d’envie d’avoir une maman comme les autres enfants ! Comment avez-vous fait pour grandir si vite ?  
                      -         C’est un secret.
                      -         Confiez-le-moi ! Moi aussi, je voudrais grandir un peu. Je suis resté haut comme trois pommes.
                      -         Toi, tu ne peux pas grandir.
                      -         Et pourquoi donc ?
                      -         Parce que les marionnettes ne grandissent jamais. Marionnettes elles naissent, marionnettes elles vi­vent et marionnettes elles meurent.
                      -         Oui, mais moi j’en ai assez d’être une marionnette – s’exclama Pinocchio en se frappant la tête – Il se­rait temps que je devienne un humain.
                      -         Tu le deviendras... Mais il faut le mériter.
                      -         Vraiment ? Alors, qu’est-ce que je dois faire pour le devenir ?
                      -         C’est très facile : il suffit que tu consentes à être un bon petit garçon.
                      -         Ce que, peut-être, je ne suis pas...
                      -         Effectivement ! Un gentil garçon est obéissant et toi, au contraire...
                      -         Et moi, je n’obéis jamais.
                      -         Un gentil garçon aime étudier et travailler. Toi, au contraire...
                      -         Et moi, au contraire, je flâne et vagabonde à longueur de temps.
                      -         Un gentil garçon dit toujours la vérité...
                      -         Et moi toujours des mensonges.
                      -         Un gentil garçon ne rechigne pas à aller à l’école...
                      -         Moi l’école me rend malade. Mais maintenant, je veux changer.
                      -         Tu me le promets ?
                      -         Je le jure. Je veux devenir un enfant bien élevé et être la fierté de mon papa... Au fait, où est-il mon pau­vre papa à présent ?
                      -         Je ne sais pas.
                      -         Aurai-je le bonheur de le revoir et de lui faire des gros baisers ?
                      -         Je crois que oui. J’en suis même sûre.
                      La réponse de la Fée rendit Pinocchio si content que, transporté, il lui prit les mains et les embrassa avec fou­gue. Puis, levant vers elle des yeux pleins d’amour, il lui demanda : 
                      -         Ainsi, ma petite maman, tu n’es pas morte ?
                      -         Apparemment non – répondit la Fée en souriant.
                      -         Si tu savais combien j’ai eu la gorge serrée et quelle douleur j’ai ressentie quand j’ai lu cet affreux « ci-gît »
                      -         Je sais. C’est même pour cela que je t’ai pardonné. Cela m’a fait comprendre que tu avais bon cœur et quand les enfants ont du cœur, on peut toujours espérer d’eux qu’ils retrouveront le droit chemin, même s’ils sont des polissons et qu’ils ont pris de mauvaises habitudes. Voilà pourquoi je suis venue jusqu’ici te chercher. Je serai ta maman...  
                      -         Formidable ! – hurla Pinocchio en sautant de joie.
                      -         Mais tu devras m’obéir et faire tout ce que je te dis.
                      -         Bien sûr, bien sûr, bien sûr !
                      -         Bon. Alors, dés demain, tu vas à l’école. 
                      Brusquement, Pinocchio se sentit un peu moins joyeux.
                      -         Puis tu choisiras le métier que tu as envie de faire.
                      Le visage de Pinocchio se ferma un peu plus.
                      -         Qu’est-ce que tu ronchonnes entre tes dents ? – demanda la Fée qui commençait à s’impatienter.
                      -         Eh bien.. – répondit la marionnette d’une voix geignarde – Pour l’école, ce n’est pas un peu tard ?
                      -         Non monsieur ! Pour s’instruire, il n’est jamais trop tard.
                      -         Mais moi, un métier, cela ne m’intéresse pas...
                      -         Pourquoi donc ?
                      -         Travailler me fatigue.
                      -         Ecoute-moi, mon garçon. Tous ceux qui parlent de cette façon finissent presque toujours en prison ou à l’hospice. Sache que l’homme, sur cette terre, qu’il soit riche ou pauvre, doit toujours s’occuper à faire quelque chose, qu’il doit travailler. Prends garde à ne pas tomber dans l’oisiveté ! L’oisiveté est une maladie terrible qu’il faut guérir très vite, dés que l’on est enfant. Sinon, après, c’est trop tard : elle de­vient une maladie incurable.
                        Touché par ces paroles, Pinocchio releva vivement la tête et déclara :
                      -         J’étudierai, je travaillerai, je ferai tout ce que tu voudras car la vie de marionnette ne me convient plus. Je veux devenir coûte que coûte un enfant comme les autres. Tu me l’as promis, n’est-ce pas ?
                      -         Je te l’ai promis. Dorénavant, cela dépend de toi.
                      #26
                        Thanh Vân 18.07.2008 05:03:06 (permalink)
                        Chapitre 26


                        Pinocchio va au bord de la mer avec ses camarades de classe pour voir le ter­rible Requin.


                        Le lendemain, Pinocchio partit pour l’école.
                        Je vous laisse imaginer la tête de tous ces polissons d’écoliers quand ils virent une marionnette entrer dans leur classe. Ce fut un éclat de rire général. Les uns s’amusèrent à lui piquer son bonnet, d’autres à lui tirer sa veste par derrière ou à lui dessiner à l’encre deux grosses moustaches sous le nez. Certains allèrent même jusqu’à lui attacher une ficelle aux jambes et aux bras pour le faire danser.
                        Au début, Pinocchio joua les indifférents et resta impassible. Mais sa patience ayant des limites, il finit par s’en prendre fermement à ceux qui l’asticotaient le plus :
                        -         Les gars, ça suffit ! Je ne suis pas venu pour être votre souffre-douleur. Je respecte les autres ; les au­tres doivent me respecter.
                        -         Bravo ! Tu parles comme un livre ! – hurlèrent ces sales gosses dont les rires redoublèrent.
                        L’un d’eux, encore plus effronté que les autres, chercha alors à attraper le nez de la marionnette. Sans succès car, sous la table, Pinocchio lui décocha un bon coup de pied dans les tibias.  
                        -         Aïe ! Aïe !  Il a les pieds drôlement durs ! – se plaignit le gamin en se frottant la jambe.
                        -         Et ses coudes donc ! Ils sont encore plus durs que ses pieds ! – ajouta un autre qui venait de recevoir une bourrade dans l’estomac en réponse à ses plaisanteries grossières.
                        Coup de pied et coup de coude firent leur effet : Pinocchio y gagna immédiatement l’estime et la sympathie de tous les écoliers qui se mirent à l’aimer sincèrement et à lui prodiguer mille signes d’amitié.
                        Même le maître faisait son éloge tellement il était attentif, studieux, intelligent, toujours le premier à arriver à l’école et le dernier à se lever de son banc, la leçon finie.
                        Son seul défaut était d’avoir des amis dont beaucoup d’entre eux n’étaient que des petits chenapans bien connus pour ne pas aimer travailler et qui ne brillaient guère à l’école.
                        Chaque jour le maître le mettait en garde. Même la bonne Fée ne manquait pas de lui dire et redire :
                        -         Méfie-toi, Pinocchio ! Ces mauvais camarades finiront tôt ou tard par te détourner de l’étude et, peut-être même, par t’attirer de gros ennuis.
                        -         Il n’y a pas de danger ! – répliquait-il en haussant les épaules et en pointant son index vers son front comme pour dire : « J’ai de la jugeote ! »
                        Or il advint qu’un beau jour, alors qu’il se dirigeait vers l’école, Pinocchio vit venir vers lui toute la bande de ses copains habituels :
                        -         Tu sais la grande nouvelle ?
                        -         Non.
                        -         Dans la mer, pas loin d’ici, il y a un Requin grand comme une montagne.
                        -         Vraiment ? C’est peut être le même qui rodait déjà quand mon papa a disparu. 
                        -         On va à la plage pour le voir. Tu viens avec nous ?
                        -         Non, non. Moi, je vais à l’école.
                        -         L’école ? Aucune importance ! On ira demain... Une leçon de plus ou de moins n’y changera rien: on restera toujours des ânes.
                        -         Et le maître ? Qu’est-ce qu’il va dire ? – fit remarquer Pinocchio.
                        -         Le maître dira ce qu’il veut. De toutes façons, il est payé pour rouspéter toute la journée. 
                        -         Et ma maman ?
                        -         Les mamans ne sont jamais au courant de rien – assurèrent ces petites pestes.
                        -         Bon, voilà ce que je vais faire – décida Pinocchio – Ce Requin, moi aussi je veux aller le voir et j’ai mes raisons pour cela. Mais j’irai après l’école.
                        -         Pauvre cloche ! – fit l’un des garçons  – Tu crois vraiment qu’un poisson d’une telle taille va rester où il est pour te faire plaisir ? Dés qu’il s’ennuiera, il filera ailleurs et alors... bonjour !
                        -         ll faut combien de temps pour aller à la plage ? – s’enquit la marionnette.
                        -         Dans une heure, on sera revenus.
                        -         Alors, on cours ! Le premier qui arrive a gagné ! – cria Pinocchio.
                        Le signal du départ donné, toute la bande de vauriens s’ébranla, s’égayant dans les champs avec leurs livres et leurs cahiers. Pinocchio, qui semblait avoir des ailes aux pieds, filait en avant.
                        De temps en temps, il se retournait et se moquait de ses camarades qui, loin derrière, haletaient, couverts de poussière et la langue pendante. Il riait de bon cœur. Le malheureux ne savait pas encore dans quel épouvan­table pétrin il allait se fourrer.  
                        #27
                          Thanh Vân 18.07.2008 05:04:16 (permalink)
                          Chapitre 27


                          Grosse bagarre entre la marionnette et ses camarades d’école. L’un d’eux ayant été blessé, Pinocchio est arrêté par les gendarmes.


                          Dés qu’il fut sur la plage, Pinocchio inspecta l’océan mais ne vit aucun requin.
                          C’était une mer d’huile dont la surface brillait comme un miroir.
                          -         Le Requin, où est-il ? – demanda la marionnette en se tournant vers ses petits camarades.
                          -         ll sera parti déjeuner – répondit l’un d’eux en riant.
                          -         Ou alors il fait la sieste – ajouta un autre en s’esclaffant encore plus fort.
                          Ces réponses bizarres, ces rires niais conduisirent Pinocchio à penser que ses copains lui avaient fait une farce en lui racontant des sornettes. D’une voix fâchée, il leur dit :   
                          -         Et maintenant, dites-moi pour quelle raison vous m’avez raconté cette histoire idiote de requin ?
                          -         Pour une bonne raison – répondirent en chœur tous ces petits polissons.
                          -         Laquelle ?
                          -         Te faire manquer l’école en t’attirant ici. Tu devrais avoir honte d’être toujours à l’heure en classe et de tra­vailler autant.
                          -         Et si je veux étudier, moi, qu’est-ce que cela peut vous faire ?
                          -         Cela nous fait beaucoup parce que, à cause de toi, on est mal vu par le maître. 
                          -         A cause de moi ? Pourquoi donc ?
                          -         Parce que les écoliers assidus comme toi font toujours de l’ombre à ceux qui, comme nous, n’ont pas en­vie de travailler. Et nous, nous ne voulons pas être considérés comme des moins que rien. Nous  avons, nous aussi, notre amour-propre. 
                          -         Qu’est-ce que je dois faire pour que vous soyez contents?
                          -         Tu dois te désintéresser de l’école, des leçons et du maître, nos trois grands ennemis.
                          -         Et si je veux continuer à étudier ?
                          -         On ne te parlera plus et, à la première occasion, tu nous le paieras.
                          -         Vous me faites bien rire ! – rétorqua la marionnette en les défiant d’un mouvement de tête.
                          -         Ca suffit, Pinocchio ! – menaça alors le plus grand des garnements – Arrête de faire le fanfaron et de jouer les petits coqs ! Si tu n’as pas peur de nous, nous n’avons pas peur de toi. N’oublie pas que tu es tout seul et que nous sommes sept.   
                          -         Ouais, comme les sept péchés capitaux – lança Pinocchio en éclatant de rire.
                          -         Vous avez entendu ? Il nous a insultés ! Il nous a traités de péchés capitaux !
                          -         Pinocchio, demande pardon ! Sinon, gare à toi !
                          -         Coucou, je suis là ! – fit la marionnette en se tapotant le nez avec le doigt pour se moquer d’eux.
                          -         Pinocchio, ça va mal finir !
                          -         Coucou !
                          -         On te battra comme plâtre !
                          -         Coucou ! Coucou !
                          -         Tu vas rentrer chez toi le nez en compote !
                          -         Coucou !
                          -         Je vais t’en donner du coucou, moi – hurla le plus hardi des gamins – En attendant, prends toujours cet acompte et garde-le au chaud pour ton dîner de ce soir. 
                          Et il lui décocha un coup de poing en pleine figure.
                          Comme il fallait s’y attendre, la marionnette répondit du tac au tac en frappant à son tour son agresseur et la bagarre devint générale 
                          Bien qu’il fut seul contre tous, Pinocchio se montrait héroïque. Pour tenir à distance ses ennemis, il se servait avec dextérité de ses pieds en bois qui étaient très durs. Et quand il faisait mouche, il laissait toujours un bleu en souvenir.
                          Les garçons, dépités de ne pas pouvoir se mesurer au corps à corps avec la marionnette, imaginèrent alors de lui envoyer des projectiles. Défaisant leurs ballots de livres, ils se mirent à lui lancer à la figure abécédaires et grammaires, les « Contes » de Thouar et le « Poussin » de Madame Baccini, toutes sortes de manuels scolaires que Pinocchio, qui était vif et dégourdi, évitait en baissant la tête si bien que, passant au-dessus de lui, les livres finissaient tous dans la mer.
                          Quant aux poissons, croyant que ces bouquins étaient de la nourriture, ils accouraient à la surface de l’eau par bancs entiers. Mais après avoir attrapé une page ou une couverture, ils la recrachaient aussitôt avec une mine de dégoût comme pour dire : « Ces trucs-là ne sont pas pour nous. Ce que l’on mange d’habitude est bien meilleur ! »
                          Alors que le combat s’intensifiait, un grand crabe, sorti des fonds marins et qui s’était hissé pesamment sur le rivage, cria aux écoliers d’une voix éraillée de trombone enrhumé :
                          -         Arrêtez, petits drôles ! Ces pugilats finissent toujours mal. A chaque fois un malheur arrive !
                          Pauvre crabe ! C’est comme s’il avait prêché dans le désert. Même ce benêt de Pinocchio le regarda de tra­vers et lui lança fort peu aimablement :  
                          -         La ferme, espèce de raseur ! Tu ferais mieux de sucer deux pastilles de lichen pour guérir ton rhume. Va donc te mettre au lit et attraper une bonne suée ! 
                          Au même moment les écoliers, qui avaient épuisé leurs propres stocks de livres, repérèrent ceux de la ma­rionnette qui traînaient non loin d’eux et s’en emparèrent en un clin d’œil.
                          Parmi ces livres, il y avait un volume relié avec du carton épais et du parchemin au dos et aux angles. C’était un traité d’arithmétique qui pesait des tonnes.
                          L’un des gamins attrapa le livre, visa la tête de Pinocchio et le lança de toutes ses forces. Mais au lieu de tou­cher la marionnette, le traité d’arithmétique rencontra la tempe d’un autre gosse et le garçon, blanc comme un linge, s’effondra sur le sable en hurlant :
                          -         Maman, au secours ! Je meurs...
                          A la vue du gisant, les enfants, effrayés, détalèrent à toutes jambes et disparurent
                          Attristé et paralysé par la peur, Pinocchio fut le seul à rester. Il parvint néanmoins à aller tremper son mouchoir dans l’eau pour rafraîchir le front de son camarade d’école. Pleurant à chaudes larmes, il l’appelait par son nom et le suppliait :
                          -         Eugène, mon pauvre Eugène ! Ouvre les yeux, regarde-moi ! Pourquoi tu ne réponds pas ? Ce n’est pas moi, tu sais, qui t’ai fait mal ! Crois-moi, ce n’est pas de ma faute ! Ouvre les yeux, Eugène ! Ouvre-les, sinon je vais mourir moi aussi... Oh, mon Dieu ! Comment je vais faire pour rentrer à la maison ? Comment trouver le courage de me montrer à ma chère maman ? Que vais-je devenir ? Où m’enfuir ? Où me cacher ? Oh ! J’aurais bien mieux fait d’aller à l’école ! Pourquoi donc ai-je écouté mes camara­des ? A cause d’eux, je suis damné. Pourtant, le maître me l’avait bien dit, et aussi ma maman : « Méfie-toi des mauvais camarades ! ». Mais j’ai la tête dure comme du bois, je suis obstiné comme une mule... Je n’écoute rien et n’en fais qu’à ma guise ! Et après, je paie les pots cassés. C’est comme cela depuis que je suis né. Jamais je n’ai eu une minute de répit. Oh ! Mon Dieu ! Que vais-je devenir ? Que vais-je devenir ?
                          Et il pleurait. Et il braillait. Et il se frappait le front en appelant le pauvre Eugène. Et puis il entendit des pas.
                          C’étaient deux gendarmes.
                          -         Qu’est-ce que tu fais par terre ? – demandèrent-ils
                          -         Je soigne mon copain.
                          -         Il s’est fait mal ?
                          -         Ben oui !
                          -         C’est même sérieux ! – observa l’un des gendarmes qui s’était penché sur Eugène – Ce garçon est blessé à la tempe. Qui lui a fait ça ?
                          -         Ce n’est pas moi – balbutia la marionnette qui ne respirait plus.
                          -         Si ce n’est pas toi, c’est qui ?
                          -         C’est... Ce n’est pas moi....
                          -         Et avec quoi a-t-il été blessé ?
                          -         Avec ce livre.
                          Pinocchio ramassa le traité d’arithmétique et le montra aux gendarmes.
                          -         Ce livre, il est à qui ? – questionna l’un des gendarmes.
                          -         A moi...
                          -         Bon, on a compris. Lève-toi et suis-nous.
                          -         Mais je...
                          -         Suis-nous, je te dis ! 
                          -         Mais je suis innocent...
                          -         Allez ! En route !
                          Comme des pêcheurs venaient à passer, frôlant le rivage avec leur bateau, les gendarmes les interpellèrent :
                          -         On vous confie ce garçon blessé. Emmenez-le chez vous et soignez-le. On passera demain le voir.
                          Puis ils placèrent Pinocchio entre eux et lui ordonnèrent brutalement:
                          -         Maintenant, en avant ! Et pas de traînasserie ! Sinon, gare à toi !
                          La marionnette ne se le fit pas répéter deux fois et ils s’engagèrent sur le sentier qui conduisait au village. Mais le pauvre diable de Pinocchio ne savait plus où il en était. Il lui semblait être en plein rêve, vivre un cauchemar. Il n’était plus lui-même. Il voyait double, ses jambes tremblaient, sa langue, collée au palais, l’empêchait de parler. Pourtant, malgré son hébétude, une pensée lui déchirait le cœur : celle de devoir passer sous les fenê­tres de la bonne Fée escorté de deux gendarmes. Il aurait préféré mourir.  
                          Ils étaient sur le point d’entrer dans le village quand une bourrasque de vent arracha le bonnet de Pinocchio qui alla valser une dizaine de pas plus loin. Alors, s’adressant aux gendarmes :
                          -         Puis-je aller chercher mon bonnet ?
                          -         D’accord. Mais faisons vite.
                          Pinocchio alla donc ramasser le bonnet mais, au lieu de le remettre sur sa tête, il le fourra entre ses dents et se mit à courir à toute allure vers la plage. Il filait comme une balle de fusil.
                          Les gendarmes, comprenant qu’il leur serait difficile de le rattraper, lâchèrent un énorme dogue qui gagnait habituellement toutes les courses de chiens. Pinocchio courait très vite, le chien aussi. Les villageois se pres­sèrent à leurs fenêtres et dans la rue, curieux de connaître l’épilogue de cette féroce compétition.
                          Ils durent rester sur leur faim : Pinocchio et le dogue soulevaient une telle poussière qu’en peu de temps il ne fut plus possible de rien voir.
                          #28
                            Thanh Vân 18.07.2008 05:05:14 (permalink)
                            Chapitre 28


                            Pinocchio court le grand danger d’être frit à la poêle, comme un poisson.

                              Lors de cette course désespérée arriva un moment terrible où la marionnette se crut perdue. En effet, Alidor – c’était le nom du chien – courait si vite qu’il avait presque rattrapé Pinocchio. A tel point que celui-ci pouvait entendre, juste derrière lui, la respiration haletante de la sale bête et sentir la chaleur de son haleine. 
                            Heureusement, la plage était toute proche car on pouvait déjà voir la mer.
                            Arrivé sur le sable du rivage, Pinocchio sauta comme une grenouille et plongea dans les flots. Son poursuivant, au contraire, voulut s’arrêter mais, emporté par sa course infernale, il se retrouva à l’eau lui aussi. Ne sachant pas nager, le dogue se mit à agiter convulsivement ses pattes pour se maintenir à la surface. Or, plus il remuait ses pattes, plus il coulait.
                            Hagard, ses yeux exprimant la terreur, le pauvre chien aboyait et suppliait :
                            -         Au secours ! Je me noie ! Je me noie !
                            -         Va te faire... – répliquait la marionnette qui se tenait à distance, loin de tout danger.
                            -         Aide-moi, Pinocchio, mon ami ! Sauve-moi de la mort !
                            Pinocchio, qui avait le cœur sur la main, finit par être ému par ces cris déchirants. Alors, s’adressant au do­gue :
                            -         Si je t’aide à te tirer de ce mauvais pas, tu me promets de me laisser tranquille ?
                            -         Je te le jure ! Je te le jure ! Dépêche-toi, par pitié ! Si tu hésites une minute de plus, je suis mort.
                            C’est vrai qu’il hésitait, Pinocchio. Mais il se rappela ce que son papa lui avait dit tant de fois, à savoir qu’un bienfait n’est jamais perdu. Il nagea donc jusqu’à Alidor, le saisit par la queue et le tira jusque sur le sable sec du rivage.
                            Le chien ne tenait plus sur ses pattes. Il avait bu tellement d’eau salée qu’il était gonflé comme un ballon. Pour autant Pinocchio ne s’y fiait pas trop et il estima plus prudent de retourner dans la mer. En s’éloignant du bord, il lança à son poursuivant devenu son obligé :
                            -         Adieu Alidor, bon voyage et bonjour chez toi
                            -         Adieu, Pinocchio. – répondit le dogue – Merci mille fois de m’avoir sauvé la vie. Tu m’as rendu un fier ser­vice et, en ce monde, un bienfait n’est jamais perdu. Si l’occasion se présente, on en reparlera.
                            Pinocchio continua à nager en restant près du bord et il arriva dans une zone où il lui sembla être en sécurité. Là il vit, creusée dans les rochers qui surplombaient la côte, une espèce de grotte d’où sortait un long panache de fumée.   
                            -         Dans cette grotte – se dit-il – il doit y avoir du feu. Tant mieux ! Ainsi je pourrai me sécher et me réchauf­fer. Et après ? Après, on verra bien...
                            Sa résolution prise, il se rapprocha des rochers, mais au moment où il était sur le point de se hisser hors de l’eau, il sentit quelque chose qui le soulevait et le tirait à l’air libre. Il tenta de fuir. Trop tard : à sa grande sur­prise, il réalisa qu’il était pris dans un grand filet au milieu d’une multitude de poissons de toutes formes et de toutes tailles, qui se débattaient et remuaient leurs nageoires caudales avec la rage du désespoir.   
                            En même temps, il vit sortir de la grotte un pêcheur très laid, si laid qu’il ressemblait à un monstre marin. Au lieu de cheveux, il avait sur la tête un buisson touffu d’algues vertes, verte également était la couleur de sa peau, verts étaient ses yeux et même sa longue barbe, qui descendait jusqu’à ses pieds, était verte. On aurait dit un énorme lézard vert debout sur ses pattes de derrière. 
                            Quand le pêcheur eut achevé d’amener le filet, il s’exclama tout content :
                            -         Bénie soit la Providence ! Je vais faire bombance de poissons encore aujourd’hui.
                            -         Heureusement que je ne suis pas un poisson ! – se dit Pinocchio qui reprenait courage.
                            L’homme traîna le filet plein de poissons jusque dans la grotte, une grotte sombre et enfumée au centre de la­quelle trônait une grande poêle dans laquelle frémissait de l’huile qui dégageait une odeur insoutenable de bougie fondue.
                            -         Maintenant, voyons ce que nous avons pris – dit le pêcheur vert de la tête aux pieds.
                            Plongeant dans le filet une main grande comme une pelle de boulanger, il en sortit une poignée de rougets.
                            -         Bien, très bien ces rougets ! – estima-t-il en les regardant et en les flairant, la mine satisfaite.
                            Les ayant bien flairés, il les jeta dans une cuvette vide.
                            Il répéta plusieurs fois la même opération. Au fur et à mesure qu’il sortait les poissons, son appétit grandissait et il jubilait :
                            -         Parfaits ces merlans !...
                            -         Exquis ces mulets !...
                            -         Délicieuses ces soles !...
                            -         Impeccables ces vives !...
                            -         Et ces anchois frais ! Magnifiques !
                            Evidemment, merlans, mulets, soles, vives et anchois allèrent tous rejoindre pêle-mêle les rougets dans la cuvette.
                            Il ne restait plus que Pinocchio.
                            Dés que le pêcheur l’eut sorti du filet, il écarquilla ses grands yeux verts et grommela, inquiet :
                            -         Quel sorte de poisson est-ce donc ? Des poissons comme celui-là, je n’en ai jamais mangé !
                            Il le regarda longuement sous tous les angles et conclut :
                            -         J’ai compris : ce doit être une sorte de crabe.
                            Mortifié qu’on puisse le prendre pour un crabe, Pinocchio intervint, irrité :
                            -         Qu’est-ce que c’est que cette histoire de crabe ? C’est une drôle de façon de me traiter ! Vous ne voyez pas que je suis une marionnette ?
                            -         Une marionnette ? – répondit le pêcheur – A vrai dire, c’est la première fois que je vois un poisson-marion­nette ! Mais c’est très bien ainsi. Je ne t’en dégusterai que plus volontiers ?
                            -         Me déguster ? Mais je me tue à vous dire que je ne suis pas un poisson ! Vous n’entendez pas que je parle et que je raisonne comme vous ?
                            -         Ma foi, c’est vrai – admit le pêcheur – Et comme je vois que tu es un poisson qui parle et raisonne comme moi, tu auras droit à tous les égards dus à ton espèce.
                            -         C’est à dire ?
                            -         Eh bien, parce que tu as toute mon amitié et toute mon estime, je te laisse choisir la manière dont tu sou­haites être cuisiné. Veux-tu être frit à la poêle ou cuit au court-bouillon et accompagné de sauce to­mate ?
                            -         Pour tout dire – fit remarquer Pinocchio – si vraiment j’avais le choix, je préférerais être libre de rentrer chez moi.
                            -         Tu plaisantes ? Tu crois que je vais laisser passer l’occasion de manger un poisson aussi rare que toi ? C’est pas tous les jours que l’on trouve un poisson-marionnette dans la mer. Bon, laisse-moi faire : je te ferai frire avec les autres et tu en seras content. Etre frit avec de la compagnie est toujours une consola­tion.
                            L’adage ne consola point le malheureux Pinocchio qui se mit à pleurer, disant entre deux sanglots:
                                   -   Ah ! Que ne suis-je allé à l ‘école au lieu d’écouter mes camarades ! Hi ! Hi ! Hi !
                            Comme il se tordait comme une anguille pour tenter d’échapper aux griffes du pêcheur, ce dernier lui lia les chevilles et les poignets avec du jonc et le jeta avec les autres poissons.
                            Puis, étalant de la farine sur une planche en bois, il en saupoudra tous les poissons avant de les mettre à frire dans la poêle.
                            Les premiers à danser dans l’huile bouillante furent les pauvres rougets. Ensuite arrivèrent les merlans, les vi­ves, les mulets, les soles, les anchois, puis vint le tour de Pinocchio qui, se sentant si proche de la mort (et de quelle affreuse mort !), était pris de tels tremblements qu’il n’avait plus de force ni de voix pour se plaindre.  
                            Le pauvre enfant n’avait plus que ses yeux pour supplier le pêcheur.
                            Mais le pêcheur, insensible, le roula cinq-six fois dans la farine, si bien que Pinocchio finit par ressembler à une marionnette en plâtre.
                            Puis il l’attrapa par la tête et...
                            <bài viết được chỉnh sửa lúc 18.07.2008 05:15:57 bởi Thanh Vân >
                            #29
                              Thanh Vân 18.07.2008 05:06:11 (permalink)
                              Chapitre 29


                              Pinocchio retourne chez la Fée qui lui promet qu’il va devenir un vrai petit garçon. Pour fêter cet évènement majeur, un grand goûter est organisé.


                                Alors que le pêcheur était sur le point de jeter Pinocchio dans la poêle entra un gros chien attiré par la forte et appétissante odeur de friture.
                              -         Va-t-en ! – lui cria le pêcheur qui tenait toujours la marionnette enfarinée à la main. 
                              Le pauvre chien avait une faim de loup. Il gémissait doucement en remuant la queue, semblant dire : « Donne-moi un peu de cette friture et je te laisse tranquille. »
                                    -    Va-t-en, je te dis ! – répéta le pêcheur qui lui décocha un coup de pied.
                              Mais ce chien n’avait pas l’habitude de se laisser brutaliser, surtout quand il avait faim. Menaçant, il gronda et montra ses terribles crocs.
                              A ce moment-là, une petite voix mourante se fit entendre :
                              -         Sauve-moi, Alidor !... Sinon, je suis cuit !
                              Le chien reconnut tout de suite la voix de Pinocchio et comprit, à sa grande surprise, qu’elle venait de cette espèce de paquet ficelé et enfariné que tenait le pêcheur.
                              Que fit le chien ? Il bondit, attrapa l’objet plein de farine et, le tenant avec précaution entre ses dents, sortit de la grotte en un éclair.
                              Le pêcheur, furieux de se voir subtiliser un poisson qu’il avait tant envie de manger, tenta de rattraper le chien, mais il fut pris très vite d’une quinte de toux et il revint sur ses pas.
                              Alidor courut jusqu’au sentier qui menait au village, s’arrêta et déposa délicatement l’ami Pinocchio sur le sol.
                              -         Comment te remercier ? – demanda la marionnette.
                              -         Ne cherche pas. – répondit le dogue – Tu m’as sauvé la vie. Or un bienfait n’est jamais perdu. Il faut bien s’entraider en ce bas monde.
                              -         Mais comment as-tu fait pour me trouver ?
                              -         J’étais couché sur la plage, plus mort que vif, quand le vent a apporté une odeur de friture qui m’a ouvert l’appétit. Alors, j’ai suivi ces effluves qui m’ont mené à la grotte. Si jamais j’étais arrivé une minute plus tard !...
                              -         Ne dis pas ça ! – hurla Pinocchio qui tremblait encore de tout son être – Une minute plus tard, j’étais bel et bien frit, mangé et digéré. Brrr ! J’en ai la chair de poule rien que d’y penser !  
                              En riant, Alidor tendit sa patte droite à la marionnette qui la serra avec effusion, puis ils se quittèrent.
                              Le chien reprit sa route pour rentrer et Pinocchio, resté seul, se dirigea vers une chaumière qui se trouvait non loin de là. Sur le seuil, un vieil homme se réchauffait au soleil. Il s’adressa à lui:
                              -         Dites-moi, Monsieur, auriez-vous entendu parler d’un pauvre garçon blessé à la tête qui s’appelle Eugène ?
                              -         Mais oui. Ce garçon a été amené ici par des pêcheurs. Mais à présent...
                              -         Il est mort ! – l’interrompit Pinocchio qui ressentit une vive douleur. 
                              -         Pas du tout ! Il est vivant et il est rentré chez lui.
                              -         Vraiment ? Vraiment ? – s’exclama la marionnette qui sauta de joie – Alors, sa blessure n’était pas grave ?
                              -         Cela aurait pu être très grave, et même mortel – répondit le vieux monsieur – car il a reçu sur la tête un gros livre relié en carton.
                              -         Qui donc a fait cela ?
                              -         L’un de ses camarades d’école, un certain Pinocchio.
                              -         Pinocchio ? Qui est-ce ? – questionna l’intéressé qui faisait l’ignorant.
                              -         On dit que c’est un sale gosse, un vagabond, un vrai casse-cou...
                              -         Calomnies ! Ce sont des calomnies !
                              -         Ah bon ? Tu le connais, toi, ce Pinocchio ?
                              -         De vue...
                              -         Puisque tu le connais, qu’en penses-tu ?
                              -         Pour moi, c’est un enfant modèle, plein de bonne volonté pour travailler, obéissant, affectueux avec son papa et tous les siens...
                              Pendant que Pinocchio débitait tous ces mensonges d’un air innocent, il se toucha le nez et s’aperçut que celui-ci s’était allongé d’au moins une main. Effrayé, il se ravisa : 
                              -         Non, non, ne m’écoutez pas, monsieur ! Je connais fort bien Pinocchio et je peux vous assurer que c’est vraiment un sale gamin désobéissant et paresseux, qu’au lieu d’aller à l’école, il va faire les quatre cents coups avec ses copains.
                              Le nez retrouva sa taille normale
                              -         Pourquoi es-tu tout blanc ? – demanda le vieil homme.
                              -         C’est à dire que... voilà : sans m’en apercevoir, je me suis frotté à un mur qui venait d’être peint – expli­qua la marionnette qui avait honte d’avouer qu’il avait été enduit de farine comme un poisson pour être frit à la poêle.  
                              -         Et qu’as-tu fait de ta veste, de ton pantalon et de ton bonnet ?
                              -         J’ai rencontré des voleurs qui m’ont tout pris. Au fait, vous n’auriez pas, par hasard, des vêtements pour que je puisse rentrer chez moi ?
                              -         Mon garçon, pour tout vêtement je n’aurais que ce petit sac dans lequel je mets du lupin. Si tu veux, prends-le.
                              Pinocchio ne se le fit pas dire deux fois. Il s’empara du sac à lupin qui était vide, découpa, avec une paire de ciseaux, un trou dans le fond et deux sur les côtés, puis il enfila le sac comme si c’était une chemise. Ainsi sommairement vêtu, il se dirigea vers le village.
                              Une fois sur le chemin, il ne se sentit pas tranquille. Il s’arrêtait, repartait, marmonnait pour lui seul :
                              -         Comment vais-je m’y prendre quand je retrouverai ma bonne petite Fée ? Et elle ? Que va-t-elle dire ? Est-ce qu’elle me pardonnera cette deuxième bêtise ? Je parie qu’elle me pardonnera ! Enfin, ce n’est pas sûr... D’ailleurs, ce serait normal : je suis un farceur qui promet toujours de s’amender et qui, jamais, ne tient parole !
                              Il faisait déjà nuit quand il arriva au village. De plus, le temps était épouvantable. Il tombait des cordes. Il alla tout droit à la maison de la Fée, résolu à frapper à la porte et à se faire ouvrir.
                              Mais arrivé à pied d’œuvre, le courage lui manqua. Au lieu de frapper, il fit demi-tour en courant. Puis il revint, mais n’osa rien faire. La troisième fois, pareil. La quatrième fut la bonne : tout en tremblant, il se saisit du heurtoir et frappa un tout petit coup.
                              Il attendit, attendit... Une bonne demi-heure passa avant que ne s’ouvrit une fenêtre au dernier étage de la mai­son, qui en comptait quatre. Une grosse Limace, qui tenait un lumignon, se pencha :
                              -         Qui donc frappe à cette heure-ci ?
                              -         La Fée est là ? – demanda Pinocchio.
                              -         La Fée dort et ne veut pas qu’on la réveille. Mais toi, qui es-tu ?
                              -         Ben, c’est moi !
                              -         Qui moi ?
                              -         Pinocchio.
                              -         Pinocchio ? C’est qui ?
                              -         Pinocchio la marionnette ! Je vis ici, avec la Fée.
                              -         D’accord, j’y suis maintenant. Attends-moi ! J’arrive tout de suite...
                              -         Dépêche-toi, par pitié, je meurs de froid – supplia Pinocchio.
                              -         Mon garçon, je fais ce que je peux. Je suis une Limace et les Limaces ne vont pas vite.
                              Une heure s’écoula, puis deux, et la porte ne s’ouvrait toujours par. Inquiet, transi de froid avec la pluie qui s’abattait sur lui, Pinocchio prit son courage à deux mains et frappa à la porte, un peu plus fort que la première fois. La Limace apparut à la fenêtre du troisième étage.
                              -         Chère Limace, – implora Pinocchio – cela fait deux heures que j’attends. Et deux heures, avec ce temps de chien, c’est plus long que deux années. Viens m’ouvrir, s’il te plait.
                              -         Mon garçon – lui rétorqua de sa fenêtre cet animal flegmatique et serein – mon garçon, je suis une Limace et les Limaces ne vont pas vite.
                              Puis la fenêtre se referma.
                              Bientôt minuit sonna. Une heure passa encore, puis deux. Pinocchio attendait toujours à la porte.
                              Perdant patience, celui-ci se saisit rageusement du heurtoir pour frapper fort afin de se faire entendre dans toute la maison. Mais le marteau en fer se transforma en anguille qui lui glissa des mains et disparut dans la rigole de la rue.
                              -         Ah ! C’est ainsi ? – hurla Pinocchio de plus en plus en colère – Dans ce cas, je vais me servir de mes pieds.
                              Prenant son élan, il donna un grand coup dans la porte. Si fort que son pied pénétra dans le bois et quand il voulut l’enlever, il n’y parvint pas : celui-ci était coincé et tenait aussi fermement qu’un rivet.
                              Vous vous rendez compte de la situation de la pauvre marionnette qui dut passer le reste de la nuit un pied en l’air ?
                              Finalement, au petit matin, la porte s’ouvrit.
                              C’était cette brave bête de Limace. Elle avait mis seulement neuf heures pour descendre du quatrième étage. Autant dire qu’elle avait attrapé une belle suée !
                              -         Qu’est-ce que tu fais avec ce pied dans la porte ? – demanda-t-elle à Pinocchio.
                              -         C’est un accident. Regardez donc, jolie Limace, si vous ne pourriez pas mettre fin à mon supplice. 
                              -         Mon garçon, c’est un bûcheron qu’il faudrait. Et moi, je ne suis pas un bûcheron.
                              -         Peut-être pourriez-vous appeler la Fée ?
                              -         Elle dort et ne veut pas être réveillée.
                              -         Mais enfin ! Qu’est-ce que vous voulez que je fasse de toute la journée cloué à cette porte ?
                              -         Amuse-toi à compter les fourmis qui passent dans la rue.
                              -         Apportez-moi au moins quelque chose à manger. Je me sens à bout de force.
                              -         Tout de suite – répondit la Limace.
                              Trois heures plus tard, Pinocchio la vit revenir avec un plateau d’argent sur la tête. Sur le plateau, il y avait du pain, un poulet rôti et quatre abricots bien mûrs.
                              -         Voici le repas que vous envoie la Fée.
                              La vue de ce festin consola la marionnette de tous ses malheurs. 
                              Mais son désappointement n’en fut que plus grand quand il commença à manger car le pain était en plâtre, le poulet en carton et les abricots de l’albâtre peint. 
                              Il était sur le point de s’effondrer en larmes, de s’abandonner au désespoir, d’envoyer valser plateau et nourri­ture factice mais - fut-ce parce que sa peine était profonde ou parce que son estomac était vide ? -  il ne fit que s’évanouir.
                              Quand il reprit connaissance, il était étendu sur un divan, la Fée à ses côtés.
                              -         Cette fois encore, je te pardonne – lui dit-elle – mais gare à toi si tu fais encore des tiennes !
                              Pinocchio promit-jura qu’il étudierait et que, désormais, il se conduirait bien. Toute l’année, il tint parole. Aux prix, il fut le plus récompensé de l’école. Son comportement provoqua tellement de louanges que la Fée, très contente, lui annonça :  
                              -         Demain, Pinocchio, ton désir sera enfin satisfait !
                              -         C’est à dire ?
                              -         Tu ne seras plus une marionnette en bois. Demain, tu deviendras un enfant comme les autres.
                              Qui n’a pas assisté à la joie de Pinocchio apprenant cette grande nouvelle ne peut pas l’imaginer ! Tous ses copains, tous ses camarades d’école étaient invités le jour suivant à un grand goûter afin de fêter l’évènement. La Fée avait fait préparer deux cents bols de café au lait et quatre cents tartines beurrées. Une journée qui promettait d’être merveilleuse et joyeuse. Mais...
                              Malheureusement, dans la vie des marionnettes il y a toujours un « mais » qui gâche tout.
                              <bài viết được chỉnh sửa lúc 18.07.2008 05:15:40 bởi Thanh Vân >
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